Champs impraticables, froid, tempête… Quelle influence sur la campagne d’asperge ?
Dame Nature dans tous ses excès ne laisse que peu de répit au monde agricole. Tempête Nils, rafales violentes, pluies abondantes, inondations… beaucoup de producteurs de l’Hexagone sont touchés par ces intempéries. Si les dégâts sont variables selon les filières et les régions, une chose est certaine : le calendrier cultural de nombreuses productions se retrouve bousculé. Parmi elles, l’asperge, culture particulièrement sensible aux conditions de sol en début de campagne.
Mis à part le Nord, dernière région française à entrer en production, le constat est généralisé : les champs sont impraticables, rendant le buttage impossible et occasionnant un retard dans le début de la campagne allant de 2 à 3 semaines suivant les terroirs. Une situation d’autant plus compliquée pour les producteurs qui misent sur la précocité de leur culture, et source d’inquiétude pour le déroulement de la saison qui pourrait engendrer un télescopage des productions régionales.
Sud-Est : « Nous n’avons pas de production à proposer »
Dans le Sud-Est, Maxime Gervasoni fait partie des rares agriculteurs à avoir déjà butté : « nous avons pu préparer les buttes en janvier grâce à un créneau favorable. Mais je pense que nous sommes environ un quart des producteurs de la région à avoir pu le faire », précise-t-il. Malheureusement, le froid et les pluies qui ont suivi ont freiné la dynamique engagée. « Nous n’avons aujourd’hui pas de production à proposer et je pense que nous aurons un décalage de 10 à 15 jours dans la production. »
Chaque année, l’exploitation produit environ 200 tonnes d’asperges et fait de la précocité une force. Pourtant, même avec des surfaces prêtes, la météo reste décisionnaire. « On est tous logés à la même enseigne. Les clients sont au rendez-vous, mais malheureusement ils devront patienter encore un peu »
Sud-Ouest : Une région touchée par la tempête
En Gironde et dans les Landes, Thibaut Lebourg a réussi à butter environ 80 % de ses surfaces en anticipant les intempéries. « On s’y est pris très tôt », précise-t-il. Mais la tempête a balayé une partie des efforts engagés. « Ce que l’on a butté, nous l’avons bâché. Mais avec les rafales de vents qui se sont abattues dans la région, les bâches n’ont pas tenu et se sont envolées. Tous les degrés que nous avions gagnés pour réchauffer la terre, nous les avons perdus »
Conséquence : il sera « très compliqué d’avoir de l’asperge avant la fin du mois ». Si quelques volumes anecdotiques ont émergé dans le sud des Landes, Thibaut Lebourg estime un retard allant de quinze jours à trois semaines. Pour autant, le producteur relativise : « Peut-être est-ce un mal pour un bien, car le marché actuellement n’est pas particulièrement demandeur avec les vacances scolaires. Il est vrai que les premières asperges se vendent toujours à un prix intéressant, mais elles coûtent aussi cher à produire »
Centre : Des champs impraticables rendant le buttage impossible
Dans la région angevine, le constat n’est pas meilleur. Frédéric Poupard, asparagiculteur à Longué Jumelles, n’a tout simplement pas pu commencer à butter. « Les champs sont impraticables ». Si la production n’a pas encore démarré, le retard est déjà acté. « Habituellement, la récolte débute autour du 1er mars en extérieur. Mais cette année je ne pense pas que l’on puisse commencer avant le 15 mars. Après, tout dépendra de la météo. Des conditions plus sèches sont annoncées dans les prochains jours, si cela se confirme, les travaux sur les parcelles pourront reprendre plus rapidement ».
Bretagne : Les asperges commencent déjà à arriver malgré une absence de buttage
Même constat en Bretagne : « Nous sommes obligés d’attendre que la terre sèche un peu avant de butter. Car le risque si nous buttons dans ces conditions, c’est que la terre s’agglomère lorsqu’elle sèche, formant des masses dures qui empêchent l’asperge de pousser bien droit. La qualité en serait donc impactée avec notamment des asperges tordues. Malheureusement, beaucoup de pluie est annoncée la semaine prochaine, ce qui va encore engendrer du retard. Dans ces conditions, je ne pense pas que les premières asperges puissent arriver avant le 10 mars », rapporte Karel Kaptein, producteur d’asperges à la Torche.
Une situation qui oblige l’asparagiculteur à revoir son itinéraire technique : « Ce qui est embêtant c’est que les premières asperges commencent à sortir avant que nous ayons pu butter. Je pense donc que nous allons les valoriser en asperges vertes ».
Un « hiver comme les autres » dans le Nord
Dans l’ensemble des bassins de production, la filière semble donc confrontée à un démarrage de campagne retardé. Seul le Nord parait pour l’instant épargné : « Nous avons l’habitude de ce genre de météo dans la région. Pour nous, c’est un hiver comme les autres », déclare Olivier Thomas de la Ferme du Pont d’Achelles. « Dans tous les cas, nous ne rentrons jamais dans les champs pour butter avant fin mars/début avril. Et je pense que d’ici fin mars, nous pourrons commencer les travaux. Ce qui peut engendrer de l’inquiétude, c’est surtout le fait que les productions régionales se télescopent. Mais si tout le monde a du retard, l’incidence sera moindre. La situation n’est pas idéale, mais elle n’est pas non plus catastrophique. Rien n’est encore joué donc nous restons positifs ».
Photo de la première page: © Bernd Juergens | Dreamstime Date de publication: mer. 18 févr. 2026