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Framboise française : le pari de la relocalisation passe aussi par l’industrie, Au’B’io (EARL Dinais) et Mélanie Marchand, Fruits Rouges & Co par FreshPlaza

Philippe et Pierre Dinais, Au’B’io (EARL Dinais) et Mélanie Marchand, Fruits Rouges & Co

Framboise française : le pari de la relocalisation passe aussi par l’industrie

Développer la production française de framboises biologiques pour réduire la dépendance aux importations, notamment sur le marché de la transformation : c’est l’un des objectifs poursuivis par Fruits Rouges & Co. Dans les Deux-Sèvres, l’entreprise accompagne la diversification de l’EARL Dinais, une exploitation céréalière familiale qui a implanté près d’une trentaine d’hectares de framboisiers. Un projet construit autour d’un engagement commercial de sept ans, dont le modèle agronomique reste toutefois à consolider.

« Notre stratégie est de relocaliser une partie de la production en France »
Préserver les surfaces existantes, accompagner leur développement et encourager de nouvelles productions : telle est la stratégie défendue par Fruits Rouges & Co pour contribuer au développement de la filière française des fruits rouges. L’entreprise, qui travaille avec une centaine de producteurs en France, dont une trentaine de producteurs de framboises, souhaite notamment développer la production biologique, qui représente aujourd’hui environ 8 % de son activité framboise, frais et industrie confondus. « Notre stratégie chez Fruits Rouges & Co consiste à relocaliser une partie de la production en France avec pour objectif de réduire notre dépendance aux importations, notamment dans le bio », explique Mélanie Marchand, directrice générale de Fruits Rouges & Co.

Sur ce dernier, la France reste fortement dépendante des importations, principalement en provenance des pays de l’est, la production nationale de framboises étant davantage orientée vers le marché du frais. Le développement de l’origine française se heurte néanmoins à des coûts de production supérieurs à ceux des origines concurrentes. Un surcoût qui doit toutefois être considéré au regard de l’intérêt des consommateurs pour l’origine France, selon Mélanie Marchand. « La framboise française est plus chère à produire, certes, mais aujourd’hui, il y a une réelle attente sur l’origine France de la part du client final. » Pour Fruits Rouges & Co, le développement de la production française répond également à des enjeux de maîtrise de la chaîne d’approvisionnement et d’empreinte environnementale.

Diversification : le choix de la framboise pour mieux valoriser des parcelles à faible potentiel
À l’origine de cette diversification, Pierre Dinais, qui a d’abord convaincu son père Philippe de convertir leur exploitation familiale, l’EARL Dinais, à l’agriculture biologique. L’exploitation, transmise depuis cinq générations, était initialement tournée vers la polyculture-élevage avant de se spécialiser dans les grandes cultures. Arrivé sur l’exploitation en 2016, Pierre Dinais découvre d’autres modèles de production en agriculture biologique en 2018. La conversion est alors engagée sur une première moitié des terres en 2018, puis sur la seconde en 2019.

« Nous avions essayé par le passé de valoriser certains terrains faibles en céréales mais sans grand succès », explique Pierre Dinais. La framboise apparaît alors comme une possibilité. La faible pluviométrie du secteur, favorable à la tenue des fruits, et la disponibilité de l’irrigation sur 80 % des terres de l’exploitation confortent cette orientation. Une démarche qui rappelle d’ailleurs les origines de Fruits Rouges & Co, fondée en 1990 par trois agriculteurs de l’Aisne ayant eux-mêmes choisi les fruits rouges pour diversifier leurs exploitations céréalières.

C’est en 2020, à l’occasion du SIVAL d’Angers, que Philippe et Pierre Dinais rencontrent Fruits Rouges & Co. De cet échange naît une première expérimentation sur 1,3 hectare, avec quatre variétés de framboises. L’exploitation teste également le cassis, la groseille et la mûre afin d’évaluer leur adaptation aux conditions locales. À l’issue de cette phase d’expérimentation, 29 hectares de framboisiers sont implantés en 2023, suivis de 3 hectares de mûriers en 2024.

Pierre et Philippe Dinais

Un partenariat de sept ans pour accompagner le développement de la production
Le développement de nouvelles surfaces de framboises repose également sur la sécurisation des débouchés. Dans le cadre de leur partenariat, Fruits Rouges & Co et l’EARL Dinais ont signé en avril 2023 un engagement de production et de commercialisation de sept ans, associant garantie de volumes et prix d’achat. « Au démarrage du projet, on s’engage sur un tonnage acheté et un prix pour garantir un chiffre d’affaires à l’exploitation », explique Mélanie Marchand. L’accompagnement comprend également un suivi agronomique assuré par les ingénieurs de l’entreprise.

Récoltées mécaniquement, les framboises biologiques de l’EARL Dinais sont destinées à la transformation, principalement en purées et coulis. Les fruits de qualité supérieure peuvent également être orientés vers les confituriers. Fruits Rouges & Co assure la recherche et la valorisation de ces débouchés, avec l’objectif d’obtenir la meilleure valeur ajoutée possible pour les volumes commercialisés. L’entreprise privilégie pour cela des relations commerciales construites dans la durée avec ses clients, tout en maintenant ses engagements auprès des producteurs.

Une conduite biologique encore en phase d’ajustement
Historiquement engagée dans le bio sur certaines cultures, comme la rhubarbe, Fruits Rouges & Co s’est toutefois majoritairement tournée vers une agriculture dite « de troisième voie », à mi-chemin entre le conventionnel et le biologique, à travers notamment la démarche Demain la Terre (dont l’entreprise est cofondatrice et adhérente). Une orientation qui s’explique notamment par les modes de production performants et durables pour le marché du frais. La production biologique reste possible en pleine terre, avec une récolte manuelle ou mécanisée, comme sur l’exploitation de Philippe et Pierre Dinais. Ce dernier modèle nécessite toutefois encore des ajustements techniques. « Nous manquons encore de recul sur la production de framboises biologiques avec récolte mécanisée. C’est une approche que nous co-construisons », indique Mélanie Marchand.

Sur l’exploitation de Philippe et Pierre Dinais, la fertilisation constitue l’une des principales limites au potentiel de rendement. La maîtrise de l’enherbement entraîne également des surcoûts de désherbage et nécessite du matériel spécifique. Malgré la mécanisation de la récolte, le palissage et la taille restent exigeants en main-d’œuvre. À ces contraintes s’ajoute la pression de Drosophila suzukii, particulièrement forte en 2025, mais nettement moins importante en 2026, probablement en raison des fortes chaleurs.

L’adaptation variétale face aux aléas climatiques
Au-delà des contraintes propres à la conduite biologique, l’adaptation variétale aux évolutions climatiques devient également une nécessité. Fruits Rouges & Co expérimente de nouvelles variétés et techniques. L’entreprise a inauguré en 2025 un campus dédié à la recherche, principalement orienté vers le marché du frais, mais dont les enseignements pourraient bien bénéficier à la transformation.

Comme l’a montré la campagne 2026, les épisodes successifs de canicule et la sécheresse ont fortement pesé sur la production. Chez Philippe et Pierre Dinais, les pertes de rendement dépassent 20 % en framboise et atteignent 50 % en mûre, malgré le maintien des possibilités d’irrigation tout au long de la saison. Les conditions météorologiques ont également perturbé le calendrier de production, avec une campagne démarrée avec au moins quinze jours d’avance et une récolte particulièrement étalée. Le bilan est en revanche beaucoup plus favorable sur le plan qualitatif. « Vu que le temps n’était pas humide et qu’on n’avait pas de drosophile, on a fait des lots de qualité sur quasiment la totalité de notre campagne », rapporte Pierre Dinais. Les conséquences des fortes chaleurs pourraient toutefois se prolonger en 2027, le producteur ayant constaté une diminution du nombre de bourgeons sur les plants.

Pour plus d’informations :
Fruits Rouges & Co
contact@fruitsrougesandco.fr Date de publication: mar. 20 oct. 2026

© FreshPlaza.fr / Marine Inghirami-Benaroch

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