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La fraise résiste à un printemps record avant de subir la canicule par Emeline Vanespen, AOPn Fraises Framboises de France et FreshPlaza

Emeline Vanespen, AOPn Fraises Framboises de France :

La fraise résiste à un printemps record avant de subir la canicule

Après un printemps marqué par des pics de production historiques, la filière française de la fraise fait désormais face à une tout autre problématique : des épisodes de chaleur persistants qui fragilisent les cultures, dégradent la qualité des fruits et pèsent lourdement sur la rentabilité des exploitations. Si le marché a réussi à absorber les volumes exceptionnels du printemps grâce à une forte mobilisation commerciale, la deuxième partie de saison s’annonce beaucoup plus compliquée. Emeline Vanespen, directrice de l’AOPn Fraises Framboises de France, revient sur une campagne contrastée, marquée par une adaptation permanente des producteurs.

Un printemps difficile, mais des volumes finalement écoulés
La saison printanière aura entre autres été marquée par une fin précoce de la Gariguette, conséquence directe des conditions météorologiques. « C’est souvent la météo qui détermine le moment où l’on arrête les arrosages, et cette année cela s’est fait assez tôt pour la Gariguette. Les variétés remontantes, comme la Charlotte ou la Mara des Bois, ainsi que des variétés rondes comme Kara ou Murano, ont ensuite pris le relais. »

Le véritable défi est toutefois apparu au printemps avec des pics de production rarement observés. « En semaine 15, nous avons connu un pic historique sur la Gariguette, puis d’autres pics en semaines 17 et 18. L’alternance entre des nuits douces et des journées chaudes a accéléré le mûrissement des fruits. Nous étions constamment sur le fil entre la production et la consommation. »

Si le marché aurait pu basculer, la filière est finalement parvenue à absorber ces volumes grâce à une forte mobilisation commerciale. « Beaucoup d’actions ont été mises en place pour dynamiser la consommation, avec notamment un plan de communication très complet. Les gros volumes sont passés, non sans difficulté, mais ils sont passés. »

Une canicule durable qui impacte fortement la qualité Depuis plusieurs semaines, la situation s’est toutefois inversée. Les fortes chaleurs répétées mettent les plantations à rude épreuve. « On ne parle même plus les pics de chaleurs. La canicule ne cesse pas et les plantes sont vraiment en souffrance. Il devient très compliqué de maintenir une bonne qualité de fruits avec des températures aussi élevées et surtout aussi durables. »

Les producteurs sont contraints d’effectuer un tri important, aussi bien au champ qu’en station de conditionnement. Une part significative des fruits est désormais orientée vers l’industrie. « Depuis un mois, une partie importante des fraises part en industrie. C’est toujours moins préjudiciable que de jeter la marchandise, mais cela reste une perte sèche très importante pour les producteurs. Les prix de l’industrie ne couvrent absolument pas les coûts de production, ce qui rend la situation très compliquée pour les producteurs ».

Même si les cours sur le marché du frais restent corrects grâce à la baisse des volumes engendrée par l’arrêt de la production de certains fraisiculteurs, l’équilibre économique demeure fragile. « Si l’on tient compte de tout ce qui part en industrie, la situation économique n’est vraiment pas bonne. »

Une fin de campagne qui s’annonce moins abondante À ces difficultés de production s’ajoute une consommation plus hésitante. La concurrence des autres fruits d’été, les départs en vacances et les problèmes de qualité ont pesé sur les ventes. « On sent clairement la compétition avec les fruits estivaux. Certaines lignes se sont fermées plus tôt que prévu et la redistribution de la population avec les vacances n’aide pas ».

Conséquence directe : les volumes de la deuxième partie de campagne seront inférieurs aux prévisions. « Les producteurs essaient de maintenir quelques parcelles en production, mais avec la chaleur et les problèmes de qualité, c’est très compliqué. Cette année, nous aurons clairement moins de volumes sur la période été-automne que ce qui était attendu ».

Vers des solutions pour adapter la production aux nouvelles conditions climatiquesFace à cette multiplication des épisodes de chaleur, la filière accélère sa réflexion sur les moyens d’adaptation. De nombreuses exploitations disposent déjà de dispositifs limitant les coups de chaud : blanchiment des serres, ombrage, brumisation ou encore récoltes avancées dès 6 heures du matin. « Mais aujourd’hui, quand une canicule dure aussi longtemps, nous n’avons pas de solution miracle », reconnaît Emeline Vanespen.

C’est dans cette optique que l’AOPn Fraises et Framboises de France a lancé un appel à projets afin d’identifier des solutions combinant plusieurs leviers techniques. « Nous savons qu’il existe des différences de comportement entre les variétés face à la chaleur, mais les plus résistantes ne sont pas forcément les plus intéressantes sur le plan gustatif. L’objectif est donc de trouver des solutions combinatoires, en associant le choix variétal, l’ombrage, le blanchiment des serres ou encore des systèmes de refroidissement déjà utilisés dans des pays où les températures sont encore plus élevées. »

Un enjeu devenu national. « Habituellement, les fortes chaleurs concernent surtout le Sud-Est et le Sud-Ouest. Cette année, c’est l’ensemble du territoire qui a été touché, y compris la Bretagne. Il est indispensable de trouver des solutions pour rendre la production française plus résiliente face à ces épisodes caniculaires. »

Pour plus d’informations :
AOPn Fraises Framboises de France
https://fraisesdefrance.fr

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