Le Maroc a pris une longueur d’avance sur le marché de la myrtille, mais doit désormais conforter sa position par Blueberries Consulting et FreshPlaza
Le Maroc a pris une longueur d’avance sur le marché de la myrtille, mais doit désormais conforter sa position
La filière myrtille au Maroc ne cesse de se développer, mais elle entre dans une phase plus exigeante. Les surfaces plantées continuent de progresser ; la campagne 2025/26 a récompensé les producteurs malgré des aléas climatiques, tandis que de nouvelles origines concurrentes viennent tester le positionnement marocain sur le marché.
Les acteurs de la filière ont fait le point sur ces dynamiques lors du 43e Séminaire international sur les fruits rouges, organisé le 16 septembre à Tanger par Blueberries Consulting. L’événement a abordé de nombreuses problématiques d’actualité pour le secteur : production et commercialisation locales, flux commerciaux mondiaux, génétique et gestion des éléments nutritifs, gestion précise de l’eau, stress lié à la cuticule et régulateurs de croissance en prérécolte.

Jorge Esquivel Manterola, directeur de Blueberries Consulting, explique que le programme est construit à partir du terrain. « Nous entretenons un dialogue permanent et direct avec les producteurs et exportateurs marocains, ainsi qu’avec de nombreux réceptionnaires en Europe », indique-t-il. « Ces échanges, conjugués à nos visites tout au long de l’année, nous permettent d’identifier les points de tension de la filière et de structurer le programme en conséquence. C’est ainsi que nous avons abordé chaque édition. » En 2026, la disponibilité en eau et le renouvellement variétal figurent en tête des sujets prioritaires, selon Jorge Esquivel Manterola. « Le marché propose un portefeuille de cultivars très étendu, et le producteur doit opérer ses choix au sein de cette offre large, en assumant seul le risque commercial. Un volet essentiel du programme de la 43e édition consiste donc à doter les producteurs des outils et des connaissances techniques nécessaires pour prendre les décisions les plus éclairées possible. »
La nutrition constitue un autre pilier auquel les producteurs doivent accorder une attention particulière. « Une stratégie nutritionnelle solide est fondamentale dans des régions de production comme le Maroc », souligne Jorge Esquivel Manterola. « Cela implique le recours aux biostimulants et la mise en œuvre de programmes de nutrition bien calibrés. »

Le Maroc a clôturé la campagne 2025/26 avec 89 000 tonnes de myrtilles fraîches exportées, soit une progression de 6 % sur un an. Ces chiffres masquent toutefois une réalité plus difficile : selon un représentant des producteurs, l’extension des surfaces plantées a largement compensé les pertes de rendement. Jorge Esquivel Manterola nuance cependant l’idée que la campagne 2025/26 aurait marqué un recul en termes de rendements. « La contraction a été marginale en volume, du moins pour la myrtille, et les producteurs ont obtenu de meilleures valorisations. Ce n’était en aucun cas une mauvaise campagne. » Les impacts climatiques, ajoute-t-il, n’ont pas été uniformes. « Certains producteurs ont été pénalisés, tandis que d’autres en ont bénéficié, et les chiffres agrégés reflètent exactement cette réalité. Cette bonne performance se retrouve également dans les volumes exportés, la quasi-totalité de la récolte étant destinée aux marchés extérieurs. »
Sur le plan de la compétitivité, Jorge Esquivel Manterola juge le Maroc bien positionné, malgré l’émergence de nouveaux concurrents comme l’Égypte. « Le Maroc dispose d’une longueur d’avance et doit donc préserver sa position sur le marché », affirme-t-il. « Il bénéficie d’une plateforme logistique très développée, d’un port de premier plan et d’un large vivier de producteurs désireux d’apprendre et réceptifs aux informations techniques. C’est un atout réel. » L’Égypte, en revanche, « en est aux prémices de son développement. Il reste à voir si les producteurs égyptiens sont prêts à s’approprier le transfert de connaissances. Le Maroc peut concurrencer sans difficulté, y compris sur les coûts. » Sur la question de la main-d’œuvre, présentée comme un défi majeur par les participants au séminaire, Jorge Esquivel Manterola déclare : « Je suis conscient que la disponibilité de la main-d’œuvre agricole se resserre. Néanmoins, les prix de vente des myrtilles marocaines devraient permettre de proposer des salaires plus élevés et d’associer les travailleurs à cette croissance. C’est ainsi que la filière peut rester compétitive. »

La concurrence chinoise a également pesé sur la dernière campagne d’exportation marocaine, évincant les fruits marocains du marché russe. Jorge Esquivel Manterola commente : « Nous observons tous la Chine de près. Sa trajectoire de production et d’exportation finira par devenir un enjeu mondial. De même que la Chine a accédé au marché russe et à une douzaine de nouveaux marchés, le Maroc a été contraint d’ouvrir d’autres débouchés, dont les États-Unis. Des mesures de précaution s’imposent, mais la réponse reste de concurrencer. »
Les enjeux s’intensifieront avec la montée en volume. Le rapport IBO Global Blueberry Report 2026, relayé par Blueberries Consulting, projette que la production marocaine pourrait progresser de près de 70 % d’ici 2029, à partir d’une base d’environ 85 000 tonnes en 2025, faisant du Maroc la principale source de croissance de l’offre projetée en Europe du Sud et en Afrique du Nord. La récolte de l’année dernière a atteint 84 940 tonnes, en hausse de 18,4 %, sur 6 800 hectares plantés, dont 5 800 en production. Cette progression est principalement imputable à l’extension des surfaces en production plutôt qu’à une amélioration des rendements, qui se sont établis en moyenne à 14 645 kg/ha. L’Espagne et le Royaume-Uni ont absorbé environ 77 % des 82 590 tonnes d’exportations recensées par l’IBO pour 2025, et les fortes pluies survenues entre novembre 2025 et janvier 2026 ont retardé les récoltes jusqu’à trois semaines dans le nord du pays, resserrant l’offre européenne et soutenant les prix moyens. Avec l’entrée en production de nouvelles surfaces, le calendrier et le choix des destinations pèseront davantage sur les exportateurs.
Jorge Esquivel Manterola conclut sur une note confiante. « Nous constatons que des événements comme le Séminaire international sur les fruits rouges mobilisent et fédèrent les acteurs de la filière. Chaque fois que je viens au Maroc, je suis convaincu que la filière peut progresser et se montrer compétitive. »
Pour plus d’informations :
Jorge Esquivel Manterola
Blueberries Consulting
Tél. : +56 9 3469 3871
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