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Appel à accélérer le développement de l’agriculture de précision pour les producteurs d’asperges en Chine

La culture d’asperges en Chine a débuté dans les années 1970 et s’est depuis considérablement développée. Le pays est aujourd’hui le premier producteur mondial, avec une superficie d’environ 100 000 hectares consacrée à l’asperge, dont 60 % de la production est concentrée dans seulement cinq provinces. Le marché chinois de l’asperge était estimé à environ 32,44 milliards de dollars US en 2023, et pourrait atteindre 40,79 milliards de dollars d’ici 2029, porté par un taux de croissance annuel de 3,9 %. Environ 70 % de la production nationale est consommée sur place – les consommateurs chinois préférant l’asperge verte – et le reste est exporté. Face à la demande croissante, tant intérieure qu’internationale, des efforts sont nécessaires pour développer et renforcer encore cette filière. Le secteur est toutefois confronté à plusieurs défis, notamment des rendements moyens inférieurs à ceux enregistrés en Europe, ce qui entraîne un taux de perte avoisinant les 40 % avant même que le produit n’atteigne le consommateur.

Ce qui freine le développement de la culture d’asperges en Chine

Le développement de la filière asperge en Chine se heurte à plusieurs limites structurelles. Le marché des semences manque de structuration, avec une pénurie de semences de qualité. Les techniques culturales sont encore en retard, et la filière souffre notamment de maladies comme la brûlure des tiges. Pour surmonter ces obstacles, les chercheurs ont lancé un programme de sélection variétale axé sur le développement de cultivars d’asperge résistants au froid (jusqu’à -35 °C), tolérants aux sols salins (jusqu’à 0,4 % de salinité) et alcalins, ainsi qu’aux maladies. Ces efforts ont déjà permis de proposer plus de 30 variétés commerciales disponibles sur le marché.

Une approche trop uniforme de la culture

La gestion de la culture de l’asperge en Chine repose encore trop souvent sur une approche généralisée. Plus de la moitié des producteurs chinois sont des néo-agriculteurs, attirés par les perspectives de profit. Ils se forment principalement grâce aux centres techniques agricoles locaux ou aux conseils de voisins plus expérimentés. Pour gérer la fertilisation et l’irrigation, beaucoup se fient au « Green Asparagus Book », un guide de référence élaboré par les centres de recherche agricole locaux. Ce manuel est apprécié pour la clarté et l’exhaustivité de ses consignes. Cependant, en proposant des procédures standardisées, il ne prend pas toujours en compte les particularités locales, climatiques ou géographiques. Dans des conditions exceptionnelles, comme les changements climatiques soudains ou des sols atypiques, cette approche unique peut s’avérer inadaptée.

Appel à des technologies de précision à bas coût

L’intégration de technologies d’agriculture de précision dans la culture de l’asperge joue un rôle central dans l’optimisation des pratiques culturales et la promotion d’une croissance durable. En Europe, les producteurs bénéficient de nombreux outils de précision, soutenus par la PAC (Politique Agricole Commune). En Chine, à l’inverse, ces outils sont peu utilisés, les agriculteurs se reposant souvent sur leur expérience ou des guides standards. Le coût est un frein majeur, d’autant que les exploitations sont de taille modeste – en moyenne 2 hectares – et que les asperges sont vendues à des prix relativement bas, autour de 1 000 dollars par tonne. Dans ce contexte, Dean JiQin Yu (Asparagus Industry Research Center, WFIT, Chine) souligne la nécessité urgente de développer des technologies de précision accessibles, adaptées à la réalité économique des producteurs chinois.

Le potentiel de la fusion de capteurs

La fusion de données issues de capteurs, via des drones ou des images satellites, offre un grand potentiel. Ces technologies permettent de collecter des informations précieuses sur l’état sanitaire des cultures, les modèles de croissance et les facteurs de stress. Des analyses de sol peuvent également être utilisées pour évaluer les niveaux de nutriments et le pH, orientant ainsi les besoins en fertilisation. Des sociétés spécialisées dans la fusion de données et leur interprétation à l’aide de l’intelligence artificielle peuvent aider à combler le fossé entre la technologie et les agriculteurs. Elles proposent des outils de gestion permettant d’exploiter ces données pour améliorer les pratiques culturales. Ce type de solution représente un investissement judicieux, car il fournit un appui technique essentiel et permet de quantifier et visualiser de nombreux aspects de la culture de l’asperge.

Systèmes automatisés de ferti-irrigation à débit variable

La fertilisation et l’irrigation représentent une part importante des coûts de production, tant en intrants qu’en main-d’œuvre. Certains producteurs chinois ont expérimenté des systèmes de ferti-irrigation locaux, mais ces derniers restent souvent rudimentaires, sans base de données fiable. Pour les producteurs utilisant l’irrigation par inondation, des prescriptions peuvent aider à déterminer précisément la durée des apports. Les exploitants équipés de systèmes de goutte-à-goutte modifiés pourraient quant à eux tirer parti de la technologie VRA (Variable Rate Application) pour ajuster le débit des goutteurs en fonction des besoins. Cette précision permettrait d’augmenter les rendements et de réduire les coûts.

La récolte robotisée : une piste à explorer

La culture d’asperge reste très gourmande en main-d’œuvre, un facteur aggravé par la hausse de 52 % des coûts de main-d’œuvre dans le monde au cours des cinq dernières années. Le développement de robots de récolte économiques pourrait représenter une solution d’avenir pour réduire la dépendance au travail manuel et améliorer l’efficacité.

Évaluer les technologies de précision

L’objectif du recours à des technologies d’agriculture de précision accessibles dans la culture d’asperges en Chine est de mettre en place un système plus efficace, respectueux de l’environnement, garantissant de meilleurs rendements et une qualité supérieure. Avant toute mise en œuvre, il est nécessaire d’évaluer les impacts potentiels de ces technologies. L’Université de Bologne, en Italie, travaille actuellement sur un cadre intégré combinant l’analyse du cycle de vie économique (LCC), environnemental (LCA) et social (S-LCA). L’espoir est que l’application de ces outils permette une meilleure gestion des engrais et une réduction significative des émissions de CO₂ et de nitrates (NO₃), contribuant ainsi à une agriculture plus durable dans son ensemble.

Italie : entre pénurie de main-d’œuvre et changement climatique

La production italienne couvre les trois types d’Asparagus officinalis : les asperges vertes (70 %), blanches (25 %) et violettes (5 %). Les asperges vertes sont cultivées dans toutes les régions italiennes, du nord au sud ; les blanches sont également répandues, mais particulièrement présentes dans le nord-est du pays ; tandis que les asperges violettes se retrouvent dans le nord-ouest, notamment en Ligurie.

Asperges blanches de haute qualité

L’asperge couvre au total 8 300 ha de la péninsule italienne. Mais la production est concentrée dans les Pouilles, qui assurent environ 45 % du total national, suivies par la Vénétie (23 %), l’Émilie-Romagne, le Latium et la Campanie (6 % chacune). La culture sous serre concerne environ 500 ha, principalement en Campanie. En 2024, l’Italie a produit environ 45 000 tonnes d’asperges. Une fois lissées les différences entre les zones de production du nord et du sud, accentuées par les effets du changement climatique, le rendement moyen national s’élève à 5,5 t/ha. En 2024, l’Italie exportait toujours plus qu’elle n’importait, avec environ 7 850 tonnes expédiées, principalement des asperges vertes vers l’Europe du Nord, entre mars et juin – surtout en mars et avril. Le pays a aussi trouvé un débouché intéressant au Japon pour ses asperges blanches de haute qualité (comme l’Asparago Bianco di Bassano AOP). Les importations s’élevaient à seulement 2 650 tonnes, provenant surtout d’Espagne, du Pérou et du Mexique, entre février et mai.

Des variétés bien adaptées aux différents contextes

L’Italie cultive de nombreuses variétés d’asperges en raison de l’étendue nord-sud de sa zone de production (1 200 km). Dans le sud, les variétés américaines F1 telles que UC 157, Grande et Atlas dominent, mais on y trouve aussi des variétés néerlandaises (Starlin, Vegalim, Lunalim) et italiennes (Italo, Vittorio). Dans le nord, les variétés destinées à la production d’asperges vertes sont en grande partie d’origine italienne (Athos, Eros, Ercole, Giove, Franco, Vittorio), mais on y cultive aussi de nombreux hybrides néerlandais comme Avalim, Grolim, Thielim, Vitalim, Verdus. Pour les asperges blanches, les hybrides néerlandais Avalim, Grolim, Prius et Thielim sont courants. Des hybrides italiens comme Giove, Vittorio, Zeno, ou encore la variété allemande Cumulus sont également utilisés pour la production d’asperges vertes ou blanches. On retrouve aussi des cultivars français : Darzilla pour les asperges vertes, Dariana pour les blanches. D’autres variétés existent, car il est toujours difficile de trouver la variété idéale selon le contexte. Ces deux dernières années, la pénurie de semences italiennes et américaines a conduit à davantage d’investissements dans les variétés néerlandaises. Les essais montrent que ces variétés offrent de très bonnes performances les premières années, mais qu’elles perdent en rendement au fil du temps, contrairement aux variétés italiennes qui gagnent en productivité et en longévité.

Besoin de variétés adaptées au changement climatique

Le manque de main-d’œuvre est l’un des principaux freins à l’expansion des surfaces plantées. Cette pénurie est devenue un véritable obstacle et provoque une hausse du coût horaire. Les coûts de production augmentent également, du fait de la hausse des prix des intrants (engrais, produits phytosanitaires) et des bâches plastiques utilisées pour l’asperge blanche. Par ailleurs, ces dernières années, les conditions climatiques atypiques ont fait chuter les volumes récoltés : printemps froids et pluvieux, étés très chauds. En 2024, la région des Pouilles a subi plus de 14 jours à plus de 40°C, avec des pics à 45°C, affectant fortement la croissance végétative des plantes et les revenus des producteurs. Face à cela, il est urgent de développer de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies printanières en environnement humide dans le nord du pays, et plus tolérantes à la sécheresse et aux fortes chaleurs dans le sud.

Un record européen de labels de qualité

Booster la consommation d’asperges en Italie reste difficile. Les données des 3-4 dernières années montrent que seulement 45 % des familles italiennes consomment des asperges au moins une fois par an. La consommation moyenne par foyer est de seulement 2,7 kg, un chiffre limité par le coût élevé des asperges blanches et vertes, vendues principalement en grande distribution. L’asperge peine aussi à séduire la jeune génération, qui la considère comme difficile à cuisiner. En revanche, un point positif concerne les signes de qualité : l’Italie détient le record européen avec six labels AOP et IGP. Pour les asperges blanches : Cimadolmo IGP, Badoere IGP, Cantello IGP, Bassano AOP (très populaire). Pour les vertes : Canino IGP et Altedo IGP.

Comment limiter les risques liés à la replantation de l’asperge ?

L’AOPn Asperges de France a consacré sa 6e journée technique, début octobre, au thème de la replantation de l’asperge. Cette pratique, encore peu fréquente en France, tend toutefois à se développer en raison de la spécialisation des exploitations et du manque de parcelles « vierges » pour l’asperge. Lors de cette journée, Christophe Paillaugue, président d’Asperges de France, a estimé : « Sur les 6 000 ha d’asperges cultivés en France, environ 500 à 600 ha sont replantés chaque année, avec un faible pourcentage de replantation sur la même parcelle. ». Cependant, cette situation tend à se généraliser et est également observée dans d’autres pays producteurs, notamment en Allemagne. « Planter de l’asperge sur de l’asperge peut donner des résultats décevants, avec des rendements plus faibles les premières années et des pertes de plants, » explique Adèle Sahut, d’Asperges de France. Les pertes peuvent atteindre jusqu’à 30 %, avec une réduction de trois ans de la durée de vie de l’aspergeraie. Cela est dû aux champignons du sol pathogènes pour l’asperge (Fusarium, Rhizoctonia), aux autotoxines libérées par les racines de la culture précédente et au phénomène plus global de « fatigue des sols ».

Plusieurs interventions ont permis d’identifier l’activité microbienne des sols de façon élargie. « Les champignons et bactéries contribuent à la stabilité du sol. La perte de diversité et d’activité entraîne une baisse de la minéralisation et donc du rendement des cultures, » précise Émile Benizri, enseignant-chercheur à l’INRAE.

20 ans de replantation d’asperges sur asperges

Carmen Feller, chercheuse à l’Institut Leibniz (Allemagne), a présenté les résultats du programme Newsoil 21, qui a permis d’évaluer pendant cinq ans (2017-2021) différentes méthodes de prévention : apports de matière organique, biofumigation, inoculation de micro-organismes, résistance variétale.

De son côté, Christian Befve, consultant international, a présenté la méthode « hors-sol / en-sol », qui consiste à créer un volume homogène de sol avant plantation, grâce à des apports de compost et de micro-organismes par un outil type rotospader.

Lors d’une table ronde, David Ducourneau, producteur d’asperges dans les Landes, a partagé ses vingt années d’expérience en replantation sur asperges – parfois trois cultures successives sur certaines parcelles – en soulignant l’importance du drainage.

Selon l’expérience d’Ophélie Lendani, technicienne chez MaïsAdour, accompagnant trois producteurs d’asperges, la replantation sur la même parcelle entraîne des baisses très marquées de rendement, pouvant aller jusqu’à 40 % dès la 4e année de récolte.

L’après-midi de travail sur le terrain, dans les aspergeraies de Planasa, a permis à la centaine de participants d’assister à la présentation de solutions biologiques proposées par Innovak Global et Medinbio, ainsi qu’à l’observation de profils culturaux dirigée par deux expertes : Céline Collin Bellier, directrice de Solenvie, et Emmanuelle Choné, agro-pédologue chez Agronomie Terroirs.

Portugal : Asperges vertes de Pedro

Installé dans le nord-est du Portugal, à Porto, Pedro Martins Da Costa est avant tout viticulteur. Mais son envie de diversifier sa production l’a conduit à se tourner vers l’asperge. « C’est un produit sain, différent du raisin, et qui possède une grande valeur gustative et économique », explique-t-il. C’est ainsi qu’il s’est rendu en France, au sud de Bordeaux, pour apprendre à cultiver l’asperge avant de lancer sa propre plantation en 2018.

Faire durer la récolte le plus longtemps possible

Aujourd’hui, il cultive 5 hectares d’asperges répartis sur plusieurs parcelles de son exploitation. Il privilégie des zones bien exposées, situées en bas de pente sur des sols très fertiles, ou en haut de colline sur des sols plus sableux. C’est la première fois que ce terrain accueille cette culture. Principalement vertes et cultivées dans un environnement très protégé, ses asperges sont labellisées bio.

« J’ai planté trois variétés de Planasa avec des précocités différentes afin d’échelonner ma période de production », indique-t-il. Placosesp est une variété précoce, rustique et très productive, tandis que Darzilla et Darvador sont vigoureuses et robustes. Pour gagner en précocité (+15 jours), il utilise des mini tunnels et, pour les asperges blanches, il recouvre les buttes de plastique blanc afin de limiter leur réchauffement et ainsi prolonger la récolte.

« Un travail très gratifiant »

Pour Martins Da Costa, une longue saison de récolte est essentielle pour garantir à ses clients un approvisionnement étalé dans le temps. En moyenne, ses rendements s’élèvent à 7–8 tonnes/ha, avec des pics allant jusqu’à 11 tonnes selon l’âge des plantations et les parcelles. Ses asperges sont commercialisées sous la marque Espargos verdes, vendues en direct à des restaurants, magasins bio et particuliers.

« Depuis le Covid, nous avons développé la vente directe, avec la possibilité de livrer une botte d’asperges partout dans le pays dès le lendemain de la commande », explique-t-il. Très actif sur les réseaux sociaux et auprès des chefs, le jeune producteur mise sur la communication pour valoriser sa production. « C’est un travail à la fois bien rémunéré et très gratifiant », affirme-t-il. Son objectif : développer encore la vente directe, augmenter légèrement sa surface d’asperges et se diversifier, notamment avec des petits fruits.

France : L’asperge pousse dans la vallée de la Loire

La coopérative Fleuron d’Anjou a organisé sa première Journée Technique Asperge dans la région du Val-de-Loire, sur l’exploitation de Guillaume Thomas, producteur d’asperges depuis 2005. « Cette journée technique avait pour but de présenter le projet de développement de la filière asperge au sein de la coopérative, avec notamment l’objectif d’atteindre les 1 000 tonnes d’ici 5 ans », explique l’organisateur.

Devenir un acteur majeur de la filière

La coopérative Fleuron d’Anjou augmente sa production d’asperges chaque année. En 2024, les producteurs adhérents ont cultivé 700 tonnes d’asperges blanches, vertes, violettes et pourpres, dont une partie en agriculture biologique, sur une surface totale de 200 hectares. L’accompagnement personnalisé proposé par la coopérative, notamment en matière d’équipement spécifique et de valorisation via des labels, contribue à cette dynamique de croissance.

Dans sa volonté de devenir un acteur clé de la filière, Fleuron d’Anjou fait partie de l’association de producteurs qui travaille activement avec IDfel Val de Loire à la création du cahier des charges de l’IGP Asperges du Val de Loire. Cette identification vise à valoriser le savoir-faire des producteurs, les spécificités de l’asperge cultivée dans cette région, et à garantir au consommateur une traçabilité sur l’origine et la qualité supérieure du produit. La coopérative souhaite ainsi répondre à une demande croissante pour l’origine France.

Trois thématiques et des ateliers techniques

Agrivaloire @ Engels Machines a présenté sa nouvelle butteuse « EcoSpader ». Cette machine ingénieuse révolutionne le processus de buttage afin de mieux répondre aux exigences de qualité attendues pour l’asperge, notamment la rectitude du turion et la pureté de sa couleur.

Europlastic a apporté des éléments de réponse à la problématique de la précocité grâce à l’utilisation de différents films plastiques. Ce levier est un enjeu économique important pour les exploitations. Depuis plusieurs années, Fleuron d’Anjou mène des essais conjoints avec cette entreprise, ce qui permet aujourd’hui de disposer de résultats tangibles sur des techniques qui font leurs preuves.

Enfin, Sylektis a présenté son robot de récolte sélective « AsperCut », qui pourrait à terme apporter des solutions aux problèmes récurrents de main-d’œuvre auxquels sont confrontés les producteurs d’asperges.

Kirghizistan : un producteur souhaite exporter des asperges

Agriculteur autodidacte, Chubak Orozaliev pense être l’un des premiers à avoir cultivé des asperges au Kirghizistan. Il constate déjà une demande de la part des restaurateurs du pays, ainsi qu’un intérêt croissant des consommateurs, de plus en plus soucieux de leur alimentation. Directeur de la ferme Aspa Farm, il explique que l’entreprise teste actuellement trois méthodes de production. Elle cultive l’asperge sur 20 hectares dans la région de Chui, à 70 km de la capitale Bichkek, selon une approche traditionnelle (récolte de printemps) à partir de graines Atlas F1. En parallèle, 2,2 hectares situés dans un complexe de serres en périphérie de Bichkek sont consacrés à la méthode du pied-mère (récolte d’été, principalement avec des graines UC 157 F1), et 0,2 hectare est dédié à des essais de forçage hivernal (récolte automne-hiver).

« J’ai découvert l’asperge aux États-Unis et, depuis 2013 environ, mes partenaires et moi avons mené diverses expérimentations sur de petites parcelles dans différentes régions du Kirghizistan », a-t-il expliqué à Asparagus World. Les volumes de production restent modestes, avec une estimation de moins de 10 tonnes pour 2024. Officiellement constituée il y a un an, l’entreprise espère trouver un partenaire pour l’aider à se développer en vue d’exporter. Pour l’instant, elle commercialise ses turions via un intermédiaire à Bichkek et à Almaty, la plus grande ville du pays.

Cultiver des asperges blanches « européennes » au goût de Tasmanie

En novembre, Richard Weston, producteur d’asperges blanches en Tasmanie, a été interviewé dans une émission de radio publique diffusée en allemand en Australie. Il raconte que dans les 24 heures suivantes, son entreprise a gagné 7 000 abonnés supplémentaires sur Facebook et reçu 600 messages de personnes en Australie souhaitant acheter son « or blanc ». Une réponse qui suggère qu’il existe bel et bien une forte demande non satisfaite dans des villes comme Sydney, Melbourne, Adélaïde et Brisbane. « La demande est là – il ne nous reste plus qu’à produire maintenant », a-t-il déclaré à Asparagus World en mars de cette année. « Nous travaillons donc à combler ce manque sur le marché. »

La fièvre de l’ivoire comestible s’empare du pays

L’intérêt de Weston pour cette délicatesse est né d’une conversation en 2012 avec le chef local Luke Burgess, qui revenait tout juste d’un séjour au célèbre restaurant Noma à Copenhague, où il s’extasiait sur l’asperge blanche qu’ils utilisaient. Sa curiosité éveillée, Weston – déjà fournisseur de légumes pour les meilleurs restaurants de Tasmanie – a entamé ses recherches et, en 2013, il est parti en Europe grâce à une bourse Nuffield Farming pour passer trois mois à étudier la production d’asperges blanches aux Pays-Bas (en collaborant avec des experts de Bayer et Teboza), en Allemagne et en Espagne. C’est là qu’il a goûté l’asperge blanche pour la première fois, se demandant pourquoi un produit aussi populaire et savoureux restait si peu connu en Australie, ce qui a fait germer en lui l’envie d’en produire lui-même un jour en Tasmanie.

Premiers essais infructueux à cause d’un sol trop lourd

De retour en Australie, vers 2014, Richard et sa femme Belinda ont tenté une première culture d’asperges blanches sur un hectare, sur la ferme d’un ami située dans le sud de la Tasmanie. Ils ont planté environ 35 000 plants issus de semences importées d’Europe (les règles de biosécurité australiennes interdisant l’importation de griffes, a-t-il précisé). Les plantes ont très bien poussé dans le climat tasmanien, mais le sol, riche en magnésium et très dur une fois humide, rendait la récolte difficile. « Il nous a fallu trois ans pour obtenir une première récolte, qui a finalement dû être labourée », a-t-il expliqué.

Un sol sablo-limoneux avec un bon drainage trouvé

Belinda Weston

Les Weston se sont alors associés aux agriculteurs voisins Tom Barham et Jenna Howlett, dont la propriété à Brighton, à seulement 100 m de leur ferme et à 35 km au nord de Hobart (capitale de la Tasmanie), dispose d’un sol sablo-limoneux fertile avec un bon drainage – similaire à ce que Weston avait vu en Europe – et d’un microclimat idéal. Ainsi, en 2018, ils ont tout recommencé, plantant 34 000 plants sur 1,4 ha et lançant Tasmanian White Asparagus, entreprise dédiée à la culture de variétés européennes d’asperges blanches haut de gamme. « C’était un travail très difficile », se souvient Richard.

Première récolte commerciale en 2022

Ils ont laissé pousser les plants pendant quatre ans avant de réaliser leur première récolte commerciale, le 1er septembre 2022, sur environ quatre semaines – la société étant prudente pour ne pas surexploiter – et ont récolté 2,5 tonnes d’asperges blanches lors d’une année « incroyablement humide ». En revanche, l’hiver 2023 a été « incroyablement sec » et le printemps « exceptionnellement chaud », ce qui a rendu nécessaire l’irrigation goutte-à-goutte. La température plus élevée du sol a entraîné une légère coloration rose des pointes, « ce qui n’affecte en rien le goût exceptionnel de l’asperge blanche, c’est simplement une couronne pour le roi du printemps », a précisé Weston. Trois nuits de gel consécutives ont ralenti le début de la récolte 2023, mais le rythme s’est accéléré et cette deuxième récolte commerciale – qui s’est étalée sur huit semaines, du 31 août au 26 octobre environ – a permis d’obtenir 7 tonnes. « Et nous espérons faire encore mieux cette année », a-t-il dit. « Mais ce n’est qu’au bout de cinq ans de données que nous saurons réellement quelles seront nos quantités. » À mesure que la culture mûrit, la société espère atteindre un rendement d’environ 10 tonnes/ha, en se basant sur les producteurs européens de référence qui atteignent 6 à 14 tonnes/ha.

Environ 70 % de la récolte est de catégorie AAA

Tasmanian White Asparagus

Lors de la dernière récolte, environ 12 personnes, principalement des saisonniers (3 Népalais, 2 Italiens et 7 Brésiliens), ont été embauchées pour les travaux dans les champs, et 6 autres pour l’atelier de conditionnement, avec des effectifs similaires attendus cette année. Les ouvriers sont recrutés via des agences de travail temporaire et perçoivent un salaire horaire minimum (avant impôt) de 27,45 AU$ (~16,55 €). La récolte commence vers 7 h du matin : « Nous nous penchons et creusons doucement pour exposer chaque turion afin de bien voir où couper et, à l’aide d’un outil de récolte incurvé spécial, nous effectuons une incision pour prélever chaque turion, un par un, rangée par rangée », explique Weston. Les turions sont ensuite mis en caisse, placés dans une chambre froide à 2,5 °C, lavés, puis laissés toute la nuit dans l’eau froide pour les refroidir rapidement. Le lendemain, ils sont triés et calibrés dans l’atelier de conditionnement de la ferme des Weston, puis stockés jusqu’à l’expédition, généralement via l’aéroport de Hobart. Les turions sont classés en trois catégories : AAA (diamètre > 20 mm), AA (16–20 mm) et A (10–16 mm). Environ 70 % de la récolte commerciale de l’entreprise appartient à la catégorie AAA.

La rouille, seul problème phytosanitaire

L’entreprise suit globalement les pratiques de culture européennes, indique Weston, avec un espacement de 18 cm entre les plants, cultivés sur des buttes, et un goutte-à-goutte enterré tous les 1,8 m. Lors de la première année de production commerciale, les bâches plastiques étaient noires face vers le haut, mais avec un climat local plus chaud que celui des principales régions européennes, la société utilise désormais la face blanche vers le haut depuis la deuxième année. L’Australie a la chance d’être relativement épargnée par les maladies ou ravageurs présents en Europe. Le principal souci a été la rouille de l’asperge, a-t-il indiqué.

Une question d’essais, surtout pour l’emballage

Le conditionnement et la logistique sont deux domaines dans lesquels l’entreprise cherche encore à s’améliorer, notamment parce qu’une grande partie de ses turions sont destinés à des restaurants haut de gamme et doivent arriver en parfait état. Pour rejoindre l’Australie continentale, ils sont expédiés par avion en colis de 1 kg dans des cartons de 5 kg, mais il y a eu beaucoup de casse la première année, notamment lors du chargement et du déchargement. Des emballages plus robustes sont désormais utilisés et les manutentionnaires de l’aéroport veillent à limiter le nombre de cartons empilés. L’entreprise teste encore la matière idéale pour ses emballages de 1 kg, après avoir essayé du papier, du plastique bulle ou encore des sachets sous vide, et utilise actuellement des emballages biodégradables sous vide.

Envisager la valorisation des déchets

En ce qui concerne les turions eux-mêmes, « les pertes sont encore trop élevées pour le moment », a déclaré Weston. Les sols étant très froids en hiver en Tasmanie, les plants deviennent fragiles et nécessitent une manipulation délicate. Comme les saisonniers changent chaque année, il faut les former pour éviter la casse. « Chaque saison, nous progressons dans la valorisation des chutes », a-t-il ajouté. Tous les turions sont coupés à une longueur uniforme de 22 cm, et les chutes sont vendues en sachets sous vide de 5 kg pour la soupe.

Des cultivars européens d’asperges blanches

Belinda Weston

L’entreprise cultivera cinq variétés différentes pour élargir sa période de récolte. Elle affirme avoir longuement étudié les génotypes adaptés aux conditions tasmaniennes, capables d’offrir la saveur et la forme de turion souhaitées, tout en assurant un bon calibre. Elle est fière des variétés dans lesquelles elle a investi et, pour cette raison, préfère ne pas en révéler les noms. Elle précise simplement qu’il s’agit de cultivars européens haut de gamme, issus des semenciers Bayer et Bejo, et espère pouvoir les exploiter pendant 10 à 14 ans.

Comment les chefs australiens utilisent l’asperge blanche tasmanienne

Tasmanian White Asparagus

En septembre et octobre derniers, le restaurant Quay, à Sydney, servait l’asperge blanche tasmanienne avec une crème de crabe du Queensland ; le Chophouse, également à Sydney, l’accompagnait de pancetta et de jaune d’œuf séché ; et dans le Victoria, le Paringa Estate la proposait avec du homard de King Island poché au beurre, de la bottarga et une vinaigrette à la tomate jaune. Ce ne sont là que quelques exemples de restaurants haut de gamme australiens impatients de travailler ce nouveau produit, considéré comme très niche, selon Weston. « Il arrive à la fin de l’hiver, juste avant l’arrivée des légumes de printemps. C’est donc un bon créneau où les chefs recherchent des produits d’exception. Les retours que nous avons eus de certains des meilleurs chefs d’Australie indiquent que la qualité est aussi bonne que ce qu’ils ont goûté en Europe. Ils sont très satisfaits et très encourageants. Nous commençons vraiment à atteindre de beaux objectifs ici. » Des chefs japonais s’y intéressent également, ainsi que des acheteurs à Hong Kong et en Malaisie, mais pour l’instant, Weston se concentre sur la demande locale : « Notre principale mission en Australie est d’éduquer les gens à cuisiner l’asperge blanche, car ils ont l’habitude d’utiliser la verte. »

Comment les Grecs cultivent les asperges

D. Gkouderis

La surface totale cultivée en Grèce en 2021 était de 1 500 hectares, soit seulement 2 % du record historique de 73 330 hectares atteint en 1997. « Nos exploitations sont petites », indique Gkouderis, « la taille moyenne est de 1 hectare ». Les quatre principales régions de production sont la Macédoine orientale et la Thrace (750 ha), la Macédoine centrale (600 ha), la Grèce occidentale (140 ha) et le Péloponnèse (50 ha). La production d’asperges blanches est concentrée dans les trois premières régions, tandis que l’asperge verte est essentiellement cultivée dans la dernière. La culture diminue régulièrement en Macédoine orientale et, plus fortement encore, en Thrace, en raison des difficultés culturales, du manque de main-d’œuvre, du coût élevé du travail et de l’implantation de la culture, ainsi que de la concurrence d’autres cultures, comme le kiwi, mieux adaptées à ces zones. En revanche, la surface dédiée à l’asperge a augmenté ces dernières années en Macédoine centrale, car les grossistes y ont mis en place des incitations économiques pour encourager la mise en culture. De plus, cette région étant déjà axée sur la production fruitière extensive, les producteurs ont peu d’alternatives rentables. « À Aridaia, ma région, la surface en asperges augmente de 30 hectares par an », précise-t-il.

Les exportations vont principalement vers l’Allemagne et les Pays-Bas

D. Gkouderis

L’asperge blanche représente 95 % de la production grecque. Elle est récoltée de fin février à fin avril, voire début mai, tandis que l’asperge verte, qui ne représente que 5 %, est récoltée de début mars à début juin. Le rendement moyen en Grèce est de 10 tonnes par hectare pour l’asperge blanche et de 7 tonnes par hectare pour la verte. Soixante pour cent de la production est commercialisée par des grossistes et le reste par des groupements de producteurs, explique Gkouderis. En mars 2023, les prix payés par les grossistes aux producteurs variaient entre 3,50 €/kg dans certaines zones et 5,50 €/kg dans d’autres, les prix les plus bas étant observés dans les zones où la récolte venait de commencer et où la qualité n’était pas encore stabilisée. En 2022, la Grèce a exporté 5 746 tonnes d’asperges, principalement vers l’Allemagne (90 %) et les Pays-Bas (10 %). « Nous ne sommes pas un marché très important, donc nous n’importons pas d’asperges », ajoute-t-il.

Particularités de la culture de l’asperge en Grèce

D. Gkouderis

En fonction des variétés, on plante généralement entre 13 000 et 15 000 griffes par hectare en Grèce, avec un espacement entre les rangs de 2,2 à 2,5 mètres. La profondeur de plantation, qui était autrefois de 25 cm, a été réduite à 18–20 cm afin de favoriser la précocité. Quatre-vingts pour cent des exploitations sont équipées de goutte-à-goutte et de nombreuses applications de ferti-irrigation sont réalisées. L’utilisation de films plastiques noirs et blancs pour recouvrir les rangs est très courante, 60 à 70 % des producteurs y ajoutent des mini-tunnels. Pour gagner encore en précocité, certains ajoutent une seconde couche de plastique au-dessus des tunnels.

La pénurie de main-d’œuvre : principal problème

Il n’existe pas encore de méthode de récolte mécanique, la cueillette reste donc manuelle et représente « un coût très important pour les producteurs ». Le salaire est de 35 € pour 8 heures de travail, incluant une pause d’une heure. Les charges sociales augmentent ce coût de 10 %, mais ne sont pas toujours appliquées « car de nombreux ouvriers travaillent illégalement ». La main-d’œuvre saisonnière provient des pays voisins, principalement d’Albanie, avec une proportion très faible de travailleurs grecs. Gkouderis estime que la pénurie croissante de main-d’œuvre est le principal problème pour les producteurs grecs.

Ravageurs et maladies de l’asperge

En ce qui concerne les maladies foliaires, les principales en Grèce sont Stemphylium botryosum, Puccinia asparagi et Botrytis cinerea, tandis que les maladies touchant les racines sont causées par Fusarium spp. et Helicobasidium purpureum (syn. Rhizoctonia violacea). Les principaux ravageurs sont Zeyzera pyrina, Parahypopta caestrum, Ophiomyia simplex, les espèces de Lygus, les thrips et les acariens.

Eau ferrugineuse et irrigation goutte à goutte des asperges

Le fer est dissous dans l’eau sous forme d’oxyde ferreux et se transforme en oxyde ferrique lors du pompage. Cet oxyde se retrouve en suspension dans l’eau sous forme de particules de 0,5 micron et plus, dont l’accumulation finit par obstruer les goutteurs.

Lorsque les teneurs en oxyde ferreux deviennent trop élevées

Les bactéries du fer se développent en milieu anaérobie. Au contact de l’oxygène, l’oxydation du fer et la mort des bactéries provoquent l’apparition d’une masse gélatineuse orangée susceptible de boucher les goutteurs. Cette contamination des eaux souterraines riches en fer est difficile à anticiper avec précision. Toutefois, lorsque la concentration en fer (sous forme d’oxyde ferreux) dépasse 1,5 ppm (1,5 g/l), il devient nécessaire d’installer une station de déferrisation.

Filtres à sable

Différentes méthodes de filtration sur sable peuvent être mises en œuvre. La plus efficace consiste à injecter de l’air dans une tour d’oxydation, puis à filtrer les particules d’oxyde ferrique à l’aide d’un tamis, de filtres à disques ou, de préférence, de filtres à sable avec contre-lavage automatique. Ces derniers sont recommandés pour les installations de goutte-à-goutte pérennes. Il faut toutefois noter que leur utilisation entraîne une élévation notable du pH de l’eau, un paramètre à prendre en compte dans les pratiques de ferti-irrigation. Le recours à des cascades successives et à une décantation dans un bassin avant pompage et filtration peut également être envisagé. L’injection de soude caustique (solution aqueuse d’hydroxyde de sodium) est une autre possibilité. En résumé, en présence de fer, le fonctionnement du goutte-à-goutte exige une vigilance accrue et des équipements performants afin d’assurer l’efficacité et la durabilité de l’installation.

New breakthrough regarding Fusarium in asparagus

Le Michigan est le plus grand producteur d’asperges aux États-Unis, fournissant des turions destinés à la transformation et au marché du frais. Au printemps, les asperges sont semées directement en pépinière et cultivées pendant un an. Les couronnes ainsi obtenues sont ensuite transplantées dans les champs de production, où seules quelques récoltes ont lieu jusqu’à la troisième année de croissance. Au Michigan, la récolte d’asperges s’étend de mai à juin, après quoi la fougère se développe. La pourriture du collet et des racines causée par le Fusarium (Fusarium crown and root rot, FCRR) provoque flétrissement, chlorose de la fougère, décoloration vasculaire, pourriture des racines et mort de la couronne, réduisant considérablement les rendements. Malheureusement, le Fusarium est un pathogène du sol persistant et répandu dans les zones de production d’asperges du Michigan, ce qui rend sa gestion difficile. Les options de lutte culturales et chimiques sont limitées.

Les producteurs du Michigan ont traité les couronnes.

AW

Le Fusarium spp. préfère les sols mal drainés et les climats humides. Le pathogène peut être disséminé par le vent, les éclaboussures de pluie et le déplacement du sol. Il est résistant à des conditions extrêmes et peut survivre sur les résidus végétaux et dans le sol pendant plus de vingt ans. Pour limiter la maladie causée par le Fusarium spp., il est recommandé de retirer les résidus de culture des champs, de nettoyer les machines entre les parcelles, de gérer les mauvaises herbes hôtes, de réduire le stress des plantes et de pratiquer la rotation des cultures. Le traitement des couronnes avec des fongicides avant la plantation et la fumigation des pépinières et des champs de production sont des méthodes utilisées par les producteurs du Michigan ces dernières années.

De nouvelles substances actives pour mieux gérer la tache pourpre

La tache pourpre sur les turions et les fougères représente également un problème important pour les producteurs d’asperges du Michigan. Les lésions violacées peuvent affecter 60 à 90 % des turions, les rendant non commercialisables. L’émergence de cette maladie est liée à l’adoption d’un système cultural sans labour. En raison de son apparition sporadique, du coût des fongicides et de l’inefficacité de certains programmes de pulvérisation, l’utilisation d’un outil de prévision des maladies est apparue souhaitable. TOMCAST, un système de prévision des maladies dérivé de FAST (Forecast System for Alternaria solani sur la tomate), s’est révélé prometteur dans la gestion de la tache pourpre sur asperges. Les fongicides chlorothalonil et mancozèbe sont couramment utilisés pour protéger la fougère, mais de nouveaux produits avec de nouvelles substances actives sont nécessaires pour améliorer le contrôle.

De nouveaux fongicides et le modèle prévisionnel TOMCAST

Une évaluation en serre de produits biorationnels et d’un fongicide, ainsi qu’un essai au champ de fongicides pour lutter contre la pourriture du collet et des racines sur semis ont été menés par B.R. Harlan et M.K. Hausbeck du Département des sciences des plantes, des sols et des microbes de l’université d’État du Michigan. Une évaluation des fongicides contre la tache pourpre sur fougère a également été réalisée. Pour l’évaluation en serre, le développement de la maladie était modéré chez les plants inoculés non traités. Le fludioxonil (Cannonball WP), standard industriel, a été le seul traitement à produire des couronnes statistiquement plus saines que le témoin inoculé non traité. L’évaluation de terrain du fongicide contre la pourriture des racines sur semis est présentée dans le tableau 2, et celle contre la tache pourpre sur fougère dans le tableau 3. Ces résultats montrent que les fongicides peuvent limiter les maladies causées par des pathogènes telluriques ou foliaires. Les fongicides d’intérêt principal incluent le fludioxonil (Cannonball WP), appliqué en trempage sur les semis pour lutter contre la FCRR, ou le mélange pydiflumétophène + fludioxonil (Miravis Prime SC) pour les maladies foliaires comme la tache pourpre. Actuellement, ces fongicides ne sont pas homologués pour une utilisation sur semis ou fougère d’asperge aux États-Unis, mais pourraient combler un vide important en matière de gestion des maladies. Les fongicides à base de chlorothalonil (Bravo WeatherStik SC) ou de mancozèbe (Roper) seraient de bons candidats dans un programme global intégrant le pydiflumétophène + fludioxonil (Miravis Prime SC), ont déclaré les chercheurs, ajoutant qu’ils peuvent être utilisés en conjonction avec le système de prévision TOMCAST pour assurer une protection prolongée. Ils ont également souligné que la pépinière de couronnes représente une opportunité unique de protéger la couronne en développement pour garantir des plants sains destinés aux champs de production.

Suppression du Fusarium par des micronutriments nanométriques

Des travaux antérieurs avec des sels de chlorure ont montré que la fertilisation est très importante pour retarder les effets du dépérissement lié au FCRR. Une forte corrélation positive a été observée entre les apports de chlorure, l’absorption de micronutriments (Cu et Mn) et la suppression de la maladie. Au Québec, des chercheurs ont conclu que l’abondance du Fusarium était négativement associée au cuivre, et que les champs en déclin présentaient des niveaux réduits de manganèse. Plus récemment, des carences en bore et en manganèse ont été associées au dépérissement de l’asperge. L’application de micronutriments à l’échelle nanométrique pourrait représenter une nouvelle approche pour acheminer ces éléments vers les racines. Les formes oxydées sont relativement non toxiques par rapport aux sels ioniques. Leur grande surface spécifique favorise leur dissolution et, grâce à leur taille minuscule, ces particules peuvent pénétrer et circuler dans les tissus végétaux. Des essais en pot à racines divisées ont été réalisés en serre pour tester l’efficacité de micronutriments sous forme nano tels que le B (500 nm), CuO (40 nm), MnO (30 nm), MoO (100 nm) et ZnO (10–30 nm). Des essais au champ ont également été réalisés sur des sites anciennement cultivés en asperge.

Cu et Mn associés à la santé des plantes

La première étude préliminaire en serre menée par W.H. Elmer, N. Zuverza-Mena et J.C. White du Connecticut Agricultural Experiment Station a évalué le B, CuO, MnO, MoO et ZnO dans des pots à racines divisées, en mesurant la sévérité de la maladie sur les côtés exposés et non exposés. L’inoculation avec F. oxysporum f. sp. asparagi a entraîné des lésions sur plus de 58 à 60 % du système racinaire, mais les plants traités avec CuO et MnO ont montré une réduction significative sur les deux côtés. Le nano Cu a réduit la sévérité de la maladie de 59 % à 23 % sur les racines exposées et à 30 % sur les racines non exposées, démontrant une réponse systémique. De même, le nano MnO a réduit la sévérité de 59 % à 16 % sur les racines exposées et à 28 % sur les non exposées. L’oxyde de molybdène a réduit la maladie uniquement sur les racines exposées, tandis que le nano Zn a été inefficace localement, mais a réduit la maladie de manière systémique. Le bore n’a eu aucun effet significatif. Ces résultats concordent avec ceux de la littérature associant Cu et Mn à la bonne santé des plantes.

Un simple trempage de couronnes augmente les rendements

Bien que la plupart des micronutriments nanométriques aient amélioré la croissance et réduit la maladie, le CuO et le MnO nano se sont révélés supérieurs dans les essais en racines divisées. Ces deux éléments n’ont pas circulé dans toute la plante mais ont été retenus dans les racines traitées uniquement. Pourtant, ils ont déclenché une défense systémique contre l’infection et la colonisation par F. oxysporum dans les racines non traitées. Des essais de terrain ont été réalisés à Hamden et Griswold. Les rendements de 2020 et 2021 ont été regroupés. Toutes les variables ont suivi la même tendance, seul le rendement des turions commercialisables est présenté. Les rendements dans les parcelles non traitées à Hamden étaient les plus faibles. Tremper les couronnes avec B, CuO, MnO, MoO ou ZnO en 2018 a permis d’obtenir respectivement une augmentation de 1,5, 1,8, 1,9, 2,0 ou 1,3 fois du rendement. À Griswold, bien que les réponses aient été moins spectaculaires, on a observé des hausses de 35 %, 32 %, 23 % et 30 % du poids des turions taillés pour le B, CuO, MnO et ZnO respectivement. Le fait qu’un simple trempage des couronnes à la plantation puisse entraîner une augmentation du rendement trois ans plus tard est remarquable, ont commenté les chercheurs. Tandis que les fumigations et trempages fongicides apportent une amélioration la première année, leur effet ne dure pas ou est trop coûteux. À l’inverse, les formes nano de micronutriments se sont révélées efficaces pour limiter la maladie et augmenter le rendement après trois ans.

Effet de la durée d’inondation sur la croissance de l’asperge

L’asperge a été promue au Japon comme culture de reconversion des rizières. Or, ces sols reconvertis conservent l’humidité en raison de leur faible perméabilité. Des recherches antérieures ont rapporté que l’asperge cultivée dans ces conditions souffrait de pourritures racinaires, réduisant les rendements. En outre, les pluies torrentielles de ces dernières années ont provoqué des inondations dans les champs d’asperges, affectant leur croissance. Cependant, les mesures de mitigation ne sont pas encore bien établies. Un mauvais drainage favorise le développement de maladies du sol telles que la fusariose. Bien que F. oxysporum ait un impact majeur, peu d’études ont porté sur sa relation avec les inondations. Une étude a donc été menée par T. Sonoda (Rakuno Gakuen University) pour analyser les effets de différentes durées d’inondation et de l’infection par F. oxysporum sur la croissance de l’asperge.

Comment la durée d’inondation affecte la croissance

La première expérience a étudié l’effet de la durée d’inondation sur la croissance des cultivars ‘UC157’ et ‘Gijnlim’. Un mois après le semis, les graines ont été repiquées dans des tubes en PVC remplis de substrat horticole, puis cultivées sous serre. Dix jours après repiquage, les racines ayant atteint 20 cm, les plants ont été inondés à ras du sol pendant 0, 1, 5 ou 10 jours. Après ce délai, les tubes ont été vidés et arrosés normalement. Les plants ont ensuite été retirés pour mesurer la hauteur maximale, le nombre de tiges, la longueur maximale des racines, les dommages racinaires, le poids sec aérien et souterrain. La longueur des racines tendait à diminuer avec la durée d’inondation, sans différence entre cultivars. Les dégâts racinaires augmentaient avec l’inondation. Des différences de biomasse ont été observées entre cultivars, mais pas selon les durées d’inondation. Aucune différence significative de nombre de tiges ou de racines selon le traitement. Il n’y a eu aucune interaction entre durée d’inondation et type de cultivar.

L’importance du drainage

Gnis – Soc

L’inondation prolongée semble inhiber la croissance racinaire. Mais même en cas d’inondation, l’impact sur l’asperge reste limité si un drainage rapide peut être mis en place. Ces résultats suggèrent que, lorsqu’on cultive l’asperge sur des sols issus de rizières, il est essentiel d’installer des drains ou rigoles afin d’évacuer rapidement l’eau en excès et d’éviter une stagnation prolongée au niveau des racines. Si ces mesures sont insuffisantes, il est alors nécessaire de cultiver sur des buttes et d’utiliser des variétés tolérantes à l’humidité.

 

 

 

 

 

C. Befve

La deuxième expérience a étudié l’effet de l’infection par F. oxysporum f. sp. asparagi et de la durée d’inondation sur la croissance de l’asperge. Les conditions de culture étaient identiques à celles de la première expérience. F. oxysporum f. sp. asparagi, isolé de champs de production japonais, a été utilisé pour l’inoculation. Les plantes inoculées puis inondées pendant 5 ou 10 jours ont présenté des dégâts racinaires plus importants que les plantes inoculées non inondées. Les résultats statistiques indiquent une interaction entre la présence du champignon et la durée d’inondation. En présence du champignon, la longueur racinaire était significativement plus élevée en l’absence d’inondation, et les dégâts augmentaient avec la durée de l’inondation. En l’absence de champignon, aucune différence selon la durée. Ces résultats suggèrent que le développement de la maladie due au F. oxysporum est accéléré par une inondation prolongée. Ajouter des mesures de drainage aux cultivars résistants permettrait de réduire l’impact des inondations et du F. oxysporum sur la croissance de l’asperge.

Sources:
Advancing control strategies for soil-borne and foliar pathogens in Michigan asparagus
B.R. Harlan and M.K. Hausbecka / Dept. of Plant, Soil and Microbial Sciences, Michigan State University, East Lansing, MI, USA.
Suppression of Fusarium crown and root rot of asparagus with nano micronutrients
W.H. Elmer1,a, N. Zuverza-Mena2 and J.C. White3 / 1The Department of Plant Pathology and Ecology, The Connecticut Agricultural Experiment Station, 123 Huntington St New Haven CT, 06511, USA; 2The Department of Analytical Chemistry, The Connecticut Agricultural Experiment Station, 123 Huntington St New Haven CT, 06511, USA; 3The Connecticut Agricultural Experiment Station, 123 Huntington St New Haven CT, 06511, USA.
Effect of flooding period and infection with Fusarium oxysporum f. sp. asparagi on asparagus growth
T. Sonodaa / Rakuno Gakuen University, Midorimachi, Bunkyoudai, Ebetsushi, Hokkaido, Japan.