« Le plus gros défi pour développer la filière de framboise française reste la francisation »
Si les premières framboises françaises ont récemment fait leur apparition sur le marché, les volumes restent encore anecdotiques. « Nous n’avons pas encore lancé la campagne, car les volumes demeurent très confidentiels », précise Emeline Vanespen, directrice de l’AOPn Fraises Framboises de France. Malgré un démarrage encore discret, les premiers retours qualité sont encourageants. « Aucun problème particulier n’a été signalé sur les premiers lots commercialisés, dans un contexte de marché import plutôt favorable à l’origine française.

Un contexte import favorable au lancement français
Le début de campagne bénéficie cette année d’un environnement plutôt porteur. « Il y a eu plusieurs problématiques sur la framboise marocaine, ce qui a limité les achats et l’engouement sur cette origine », rapporte Emeline Vanespen. Même constat du côté espagnol, où le marché apparaît moins dynamique. À l’inverse, les framboises portugaises affichent actuellement des prix élevés, créant ainsi une fenêtre favorable pour les premières framboises françaises. « Tout cela contribue à créer des conditions plutôt positives pour le démarrage de la campagne française », précise-t-elle.
Une consommation largement dominée par l’import
La filière française continue néanmoins d’évoluer dans un marché extrêmement dépendant des importations. « Aujourd’hui, 85 % de la consommation de framboises en France provient de l’import », souligne la directrice de l’AOPn. Une situation d’autant plus complexe que le pic de consommation français intervient au mois de mai, soit précisément au moment où les volumes importés sont les plus importants, et non au pic de production française. Ce décalage structurel limite mécaniquement la visibilité de l’offre hexagonale et renforce la pression concurrentielle sur les producteurs français.
Des volumes français attendus en retrait cette année
La campagne 2026 devrait par ailleurs afficher des volumes français inférieurs à la saison passée. En cause : l’absence d’un important opérateur qui n’a pas replanté cette année. « Cela ampute forcément une partie des volumes français », explique Emeline Vanespen.
Si plusieurs metteurs en marché encouragent aujourd’hui la diversification en framboise, le développement de la production reste progressif. « La framboise est une culture particulièrement gourmande en main-d’œuvre. Ce sont des ateliers qui demandent énormément de temps et de soins. La décision de planter de la framboise ne se prend pas du jour au lendemain ». Résultat : la progression des surfaces françaises demeure aujourd’hui « assez timide ».
Structurer la filière face aux enjeux de francisation
Pour l’AOPn Fraises Framboises de France, l’enjeu dépasse désormais la seule augmentation des volumes. La priorité est aussi de mieux structurer l’offre française et de sécuriser le marché face aux pratiques de francisation, très courantes dans la framboise. « Avec une offre française déficitaire et un produit à forte valeur ajoutée, les fraudes restent fréquentes et pénalisent directement le développement de la filière hexagonale. Cette concurrence déloyale est particulièrement problématique, et nous luttons activement contre ces pratiques frauduleuses ». Face à cette situation, l’AOP souhaite travailler davantage avec les distributeurs afin d’améliorer la structuration du marché et de renforcer la valorisation de l’origine française. Date de publication: mer. 13 mai 2026