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France : L’asperge pousse dans la vallée de la Loire

La coopérative Fleuron d’Anjou a organisé sa première Journée Technique Asperge dans la région du Val-de-Loire, sur l’exploitation de Guillaume Thomas, producteur d’asperges depuis 2005. « Cette journée technique avait pour but de présenter le projet de développement de la filière asperge au sein de la coopérative, avec notamment l’objectif d’atteindre les 1 000 tonnes d’ici 5 ans », explique l’organisateur.

Devenir un acteur majeur de la filière

La coopérative Fleuron d’Anjou augmente sa production d’asperges chaque année. En 2024, les producteurs adhérents ont cultivé 700 tonnes d’asperges blanches, vertes, violettes et pourpres, dont une partie en agriculture biologique, sur une surface totale de 200 hectares. L’accompagnement personnalisé proposé par la coopérative, notamment en matière d’équipement spécifique et de valorisation via des labels, contribue à cette dynamique de croissance.

Dans sa volonté de devenir un acteur clé de la filière, Fleuron d’Anjou fait partie de l’association de producteurs qui travaille activement avec IDfel Val de Loire à la création du cahier des charges de l’IGP Asperges du Val de Loire. Cette identification vise à valoriser le savoir-faire des producteurs, les spécificités de l’asperge cultivée dans cette région, et à garantir au consommateur une traçabilité sur l’origine et la qualité supérieure du produit. La coopérative souhaite ainsi répondre à une demande croissante pour l’origine France.

Trois thématiques et des ateliers techniques

Agrivaloire @ Engels Machines a présenté sa nouvelle butteuse « EcoSpader ». Cette machine ingénieuse révolutionne le processus de buttage afin de mieux répondre aux exigences de qualité attendues pour l’asperge, notamment la rectitude du turion et la pureté de sa couleur.

Europlastic a apporté des éléments de réponse à la problématique de la précocité grâce à l’utilisation de différents films plastiques. Ce levier est un enjeu économique important pour les exploitations. Depuis plusieurs années, Fleuron d’Anjou mène des essais conjoints avec cette entreprise, ce qui permet aujourd’hui de disposer de résultats tangibles sur des techniques qui font leurs preuves.

Enfin, Sylektis a présenté son robot de récolte sélective « AsperCut », qui pourrait à terme apporter des solutions aux problèmes récurrents de main-d’œuvre auxquels sont confrontés les producteurs d’asperges.

IGP pour les asperges vertes « juteuses » de Guadalajara

L’Indication Géographique Protégée (IGP) « Espárrago verde de Guadalajara », enregistrée le 5 juillet 2024, concerne une zone de production située à l’ouest de la province de Guadalajara, dans les districts de La Sierra, La Campiña et Alcarria Alta, plus précisément dans les communes de Membrillera et Loranca de Tajuña, à une altitude comprise entre 640 et 1 020 mètres.

« Les éléments nutritifs présents dans les sols, associés aux pratiques traditionnelles de fertilisation et aux conditions agroclimatiques de la région, confèrent à cette asperge une saveur intense et juteuse, très légèrement fibreuse, avec des notes à la fois sucrées et amères. Sa saveur persistante s’explique par la concentration spécifique de solides solubles, de sels, d’acides organiques et d’autres composés bioactifs », indique la demande d’enregistrement de l’IGP publiée par l’Union européenne.

Une typicité due à l’altitude et à l’ensoleillement

Parmi les critères avancés pour justifier l’IGP figurent les caractéristiques spécifiques du produit issues de son lien avec la zone géographique. Durant les mois de production, les températures relativement basses ralentissent la croissance de l’asperge, favorisant ainsi une plus grande concentration en solides solubles, comprise entre 3,8 et 6,1 degrés Brix, et des valeurs de pH allant de 5,7 à 5,9.

La couleur verte et la teneur en matière sèche, située entre 6,5 % et 8,5 %, sont attribuées à un ensoleillement moyen de 1 642,5 mégajoules/m² pendant la période de production, un phénomène rendu possible par l’altitude des exploitations agricoles et la latitude de la province de Guadalajara.

La longueur des turions, comprise entre 13 et 26 cm, ainsi que leur diamètre minimal de 10 mm, sont liés aux caractéristiques particulières des sols : un pH généralement situé entre 8,1 et 8,3, une profondeur importante, une bonne disponibilité en éléments nutritifs, et une texture équilibrée entre sable, argile et limon. Ces qualités garantissent une bonne réserve en humidité ainsi qu’en macro et micronutriments.

Selon le gouvernement de Castille-La Manche, l’IGP concerne actuellement 25 producteurs, représentant environ 550 hectares d’asperges vertes et une production moyenne comprise entre 2 500 et 3 000 tonnes.

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Prepare your visit to expoSE & expoDirekt

More than 400 exhibitors from 13 countries specialising in the production of asparagus and strawberries and berries as well as in direct marketing will be present at the expoSE & expoDirekt trade fair duo from 20 to 21 November 2024 at the Karlsruhe Exhibition Centre. The organiser of this 28th edition of expoSE and the 13th expoDirekt is the Association of Asparagus and Strawberry Growers of Southern Germany (VSSE), the largest trade association of asparagus and strawberry growers in Germany with around 630 members. Since its creation in 1996), expoSE has become the leading European trade fair for the production of asparagus and berries. It offers a high concentration of German and European exhibitors for the production, harvesting, packaging and preservation of these products.

The 35th Asparagus Day will take place on November 20

Several specialists will discuss various topics including: Cultivation and marketing of green asparagus in southern Spain, asparagus replanting at Queckbrunnerhof, what to do in the face of the increase in asparagus fly attacks. Current information from the world of asparagus will also be provided in a short format. Faced with skyrocketing production costs, a specialist from North Rhine-Westphalia will ask «Is it still worth growing asparagus?». The conference will end with the possibilities of reducing pesticides in asparagus cultivation.

New : Stone Fruit Forum

For the first time, VSSE is organising the first stone fruit forum as part of the fair. Two renowned stone fruit experts, Peter Hilsendegen, DLR Rheinpfalz, and Thorsten Espey, LVWO Weinsberg, will present new trends in varieties and crop management on the topics of Plums and Cherries. Stone Fruit Forum | Focus on varieties on Wednesday, November 20, 2024, from 10:00 a.m. to 12:30 p.m. in conference room 4/5 of the Karlsruhe Fair. During the trade fair visit, the specific topic “Stone Fruit” is dealt with comprehensively and concentrated in one place.

Berry Technology Forum

The second edition of the Berry Technology Forum will take place on Thursday, November 21, 2024, from approximately 10:00 a.m. to 1:30 p.m., as part of expoSE, in the conference room of the Karlsruhe trade fair. The organisers are Marco Joseph and the Association of Asparagus and Strawberry Growers in Southern Germany (VSSE).

More information on the Berry Technology Forum : www.expo-se.de/en/berry-technology-forum

Kirghizistan : un producteur souhaite exporter des asperges

Agriculteur autodidacte, Chubak Orozaliev pense être l’un des premiers à avoir cultivé des asperges au Kirghizistan. Il constate déjà une demande de la part des restaurateurs du pays, ainsi qu’un intérêt croissant des consommateurs, de plus en plus soucieux de leur alimentation. Directeur de la ferme Aspa Farm, il explique que l’entreprise teste actuellement trois méthodes de production. Elle cultive l’asperge sur 20 hectares dans la région de Chui, à 70 km de la capitale Bichkek, selon une approche traditionnelle (récolte de printemps) à partir de graines Atlas F1. En parallèle, 2,2 hectares situés dans un complexe de serres en périphérie de Bichkek sont consacrés à la méthode du pied-mère (récolte d’été, principalement avec des graines UC 157 F1), et 0,2 hectare est dédié à des essais de forçage hivernal (récolte automne-hiver).

« J’ai découvert l’asperge aux États-Unis et, depuis 2013 environ, mes partenaires et moi avons mené diverses expérimentations sur de petites parcelles dans différentes régions du Kirghizistan », a-t-il expliqué à Asparagus World. Les volumes de production restent modestes, avec une estimation de moins de 10 tonnes pour 2024. Officiellement constituée il y a un an, l’entreprise espère trouver un partenaire pour l’aider à se développer en vue d’exporter. Pour l’instant, elle commercialise ses turions via un intermédiaire à Bichkek et à Almaty, la plus grande ville du pays.

Campagne européenne 2024 de l’asperge : des fortunes diverses

Allemagne : La pluie réduit les volumes, mais pas les prix

Des pluies persistantes en Allemagne, notamment dans le nord, ont provoqué des inondations et des sols gorgés d’eau à l’approche de la saison 2024 de l’asperge blanche, rapporte Claudio Glaesser, analyste du marché horticole chez AMI. Selon la structure des sols, il n’a pas été possible de commencer à former les buttes avant avril, soit bien plus tard que d’habitude. Malgré cela, un hiver doux et des températures élevées au début du printemps ont permis un démarrage anticipé de la récolte. Toutefois, des importations ont été nécessaires pour couvrir les besoins liés à un week-end de Pâques précoce cette année (début avril). Le fort ensoleillement qui a suivi Pâques a entraîné une brève période de tension sur l’offre. Ensuite, plusieurs semaines de températures modérées et de faible ensoleillement ont permis de stabiliser le marché sur une grande partie de la saison. Les prix départ ferme sont restés à un niveau globalement satisfaisant, et les prix de détail en mai – mois clé – étaient similaires à ceux de l’année précédente. La saison 2024 s’est terminée plus tôt que d’habitude dans de nombreuses régions, en raison du démarrage anticipé. Dans le sud de l’Allemagne, des pluies extrêmes et des inondations ont aussi conduit à une fin abrupte de la saison fin mai. Dans l’ensemble, les volumes de récolte ont probablement diminué, en lien avec la réduction des surfaces cultivées, causée par des conditions météo plus difficiles, selon Glaesser.

France : Une production faible, sans reprise

Malgré des conditions très difficiles pour la préparation des buttes (pluies excessives), la récolte d’asperges a commencé tôt en France. « Les premières asperges du Sud-Ouest ont été récoltées début février en petite quantité », indique Astrid Etèvenaux, directrice de l’association Asperge de France. En mars, de bonnes récoltes dans le Sud-Ouest ont permis d’approvisionner le marché pour les fêtes de Pâques (1er avril). Avril a été un mois « sans éclat », avec des résultats variables selon les bassins de production et surtout selon les parcelles. En vallée de la Loire, un démarrage tardif a engendré de faibles volumes. Le mois de mai a été marqué par de faibles apports dans toutes les régions productrices françaises. Au final, la saison s’est achevée sur une déception, sans reprise de la production comme on avait pu l’observer certaines années, en raison d’un temps qui est resté froid. « Les faibles volumes ont entraîné des coûts supplémentaires à la récolte et en station. Donc un coût de production plus élevé pour un rendement plus faible », commente Astrid Etèvenaux. Le marché est resté morne. La grande distribution et ses opérations promotionnelles ont cependant permis d’écouler tous les volumes français sans difficulté.

Italie : L’asperge en quête de confirmation

« En 2024, les surfaces italiennes d’asperges s’élèvent à 8 000 hectares, pour une production de 45 à 50 000 tonnes, destinées à la fois à la consommation fraîche et à la transformation », estime Luciano Trentini, spécialiste de l’asperge. Cette année, les températures élevées (sols constamment au-dessus de 14-15 °C) en février et début mars ont permis un démarrage anticipé des récoltes de 15 jours. Malheureusement, la baisse des températures pendant les fêtes de Pâques, accompagnée de fortes pluies, a ralenti les livraisons dans le nord comme dans le sud du pays. Puis la remontée soudaine des températures a permis une reprise des volumes récoltés, au point de créer une certaine incertitude sur le marché, qui s’est ensuite rapidement rééquilibré. Les températures élevées, combinées au problème persistant de la disponibilité de la main-d’œuvre, ont raccourci la période de récolte. Au final, la production a chuté d’environ 15 % dans le sud de l’Italie et de 30 % dans le nord. Cette moindre disponibilité a entraîné une hausse des prix, permettant de vendre l’asperge verte de qualité, transformée, autour de 3,5 à 4 € le kilo, et l’asperge blanche dans le nord autour de 5,5 € le kilo. « L’analyse de la consommation montre que l’Italie consomme environ 20 000 tonnes d’asperges, pour une valeur de 111 millions d’euros », conclut Luciano Trentini.

Espagne : Perspectives encourageantes pour 2025

Grâce à des précipitations abondantes, la production d’asperges vertes dans la province de Grenade pourrait dépasser de 20 % celle de 2023, alors que les prévisions initiales tablaient sur une baisse de 10 à 15 %. En outre, selon Antonio Zamora, président de l’Interprofession Espagnole de l’Asperge Verte et de la coopérative Centro Sur, la qualité a été « exceptionnelle grâce à la pluie au début et pendant la saison ». Dans les médias espagnols, Zamora indique que de nombreuses zones de production à Grenade – qui représente 70 % de la production espagnole d’asperge verte – disposent désormais de suffisamment d’eau dans les réservoirs et zones de captage pour envisager des niveaux de production similaires en 2025. D’autres devront attendre de voir comment évolue l’été. Les producteurs espagnols sont toutefois toujours confrontés à une pénurie de main-d’œuvre agricole, un sujet sur lequel l’interprofession fait pression auprès des autorités pour alléger les démarches administratives liées au recrutement de travailleurs étrangers.

Pays-Bas : La pluie fait chuter les rendements

Une saison exceptionnellement pluvieuse a entraîné une baisse des rendements de 30 à 40 % cette année chez Teboza, l’un des principaux producteurs néerlandais d’asperge blanche, situé dans le Limbourg. Will Teeuwen, de Teboza, explique qu’il a plu d’octobre jusqu’à mai (surtout ce dernier mois), ce qui a empêché de préparer les champs et d’assurer la récolte dans de nombreuses parcelles. Il estime que la situation était similaire ailleurs aux Pays-Bas, ainsi qu’en Belgique et dans la région allemande du Rhin. Point positif : l’entreprise a pu valoriser les asperges récoltées, et la pénurie a entraîné une hausse des prix par rapport à l’année précédente – sans toutefois compenser l’augmentation des coûts agricoles. Selon Teeuwen, les perspectives pour la saison prochaine annoncent des rendements environ 20 % inférieurs à la moyenne, sauf si un été très chaud permet de favoriser le rétablissement des sols saturés d’eau. « Ce que nous constatons actuellement, c’est que la repousse des champs est mauvaise », dit-il. Après cinq saisons marquées par une sécheresse excessive et l’optimisation de la gestion de l’eau, l’entreprise étudie désormais pourquoi certains champs ont mieux résisté en termes de drainage, et comment améliorer l’évacuation de l’excès d’eau.

Cultiver des asperges blanches « européennes » au goût de Tasmanie

En novembre, Richard Weston, producteur d’asperges blanches en Tasmanie, a été interviewé dans une émission de radio publique diffusée en allemand en Australie. Il raconte que dans les 24 heures suivantes, son entreprise a gagné 7 000 abonnés supplémentaires sur Facebook et reçu 600 messages de personnes en Australie souhaitant acheter son « or blanc ». Une réponse qui suggère qu’il existe bel et bien une forte demande non satisfaite dans des villes comme Sydney, Melbourne, Adélaïde et Brisbane. « La demande est là – il ne nous reste plus qu’à produire maintenant », a-t-il déclaré à Asparagus World en mars de cette année. « Nous travaillons donc à combler ce manque sur le marché. »

La fièvre de l’ivoire comestible s’empare du pays

L’intérêt de Weston pour cette délicatesse est né d’une conversation en 2012 avec le chef local Luke Burgess, qui revenait tout juste d’un séjour au célèbre restaurant Noma à Copenhague, où il s’extasiait sur l’asperge blanche qu’ils utilisaient. Sa curiosité éveillée, Weston – déjà fournisseur de légumes pour les meilleurs restaurants de Tasmanie – a entamé ses recherches et, en 2013, il est parti en Europe grâce à une bourse Nuffield Farming pour passer trois mois à étudier la production d’asperges blanches aux Pays-Bas (en collaborant avec des experts de Bayer et Teboza), en Allemagne et en Espagne. C’est là qu’il a goûté l’asperge blanche pour la première fois, se demandant pourquoi un produit aussi populaire et savoureux restait si peu connu en Australie, ce qui a fait germer en lui l’envie d’en produire lui-même un jour en Tasmanie.

Premiers essais infructueux à cause d’un sol trop lourd

De retour en Australie, vers 2014, Richard et sa femme Belinda ont tenté une première culture d’asperges blanches sur un hectare, sur la ferme d’un ami située dans le sud de la Tasmanie. Ils ont planté environ 35 000 plants issus de semences importées d’Europe (les règles de biosécurité australiennes interdisant l’importation de griffes, a-t-il précisé). Les plantes ont très bien poussé dans le climat tasmanien, mais le sol, riche en magnésium et très dur une fois humide, rendait la récolte difficile. « Il nous a fallu trois ans pour obtenir une première récolte, qui a finalement dû être labourée », a-t-il expliqué.

Un sol sablo-limoneux avec un bon drainage trouvé

Belinda Weston

Les Weston se sont alors associés aux agriculteurs voisins Tom Barham et Jenna Howlett, dont la propriété à Brighton, à seulement 100 m de leur ferme et à 35 km au nord de Hobart (capitale de la Tasmanie), dispose d’un sol sablo-limoneux fertile avec un bon drainage – similaire à ce que Weston avait vu en Europe – et d’un microclimat idéal. Ainsi, en 2018, ils ont tout recommencé, plantant 34 000 plants sur 1,4 ha et lançant Tasmanian White Asparagus, entreprise dédiée à la culture de variétés européennes d’asperges blanches haut de gamme. « C’était un travail très difficile », se souvient Richard.

Première récolte commerciale en 2022

Ils ont laissé pousser les plants pendant quatre ans avant de réaliser leur première récolte commerciale, le 1er septembre 2022, sur environ quatre semaines – la société étant prudente pour ne pas surexploiter – et ont récolté 2,5 tonnes d’asperges blanches lors d’une année « incroyablement humide ». En revanche, l’hiver 2023 a été « incroyablement sec » et le printemps « exceptionnellement chaud », ce qui a rendu nécessaire l’irrigation goutte-à-goutte. La température plus élevée du sol a entraîné une légère coloration rose des pointes, « ce qui n’affecte en rien le goût exceptionnel de l’asperge blanche, c’est simplement une couronne pour le roi du printemps », a précisé Weston. Trois nuits de gel consécutives ont ralenti le début de la récolte 2023, mais le rythme s’est accéléré et cette deuxième récolte commerciale – qui s’est étalée sur huit semaines, du 31 août au 26 octobre environ – a permis d’obtenir 7 tonnes. « Et nous espérons faire encore mieux cette année », a-t-il dit. « Mais ce n’est qu’au bout de cinq ans de données que nous saurons réellement quelles seront nos quantités. » À mesure que la culture mûrit, la société espère atteindre un rendement d’environ 10 tonnes/ha, en se basant sur les producteurs européens de référence qui atteignent 6 à 14 tonnes/ha.

Environ 70 % de la récolte est de catégorie AAA

Tasmanian White Asparagus

Lors de la dernière récolte, environ 12 personnes, principalement des saisonniers (3 Népalais, 2 Italiens et 7 Brésiliens), ont été embauchées pour les travaux dans les champs, et 6 autres pour l’atelier de conditionnement, avec des effectifs similaires attendus cette année. Les ouvriers sont recrutés via des agences de travail temporaire et perçoivent un salaire horaire minimum (avant impôt) de 27,45 AU$ (~16,55 €). La récolte commence vers 7 h du matin : « Nous nous penchons et creusons doucement pour exposer chaque turion afin de bien voir où couper et, à l’aide d’un outil de récolte incurvé spécial, nous effectuons une incision pour prélever chaque turion, un par un, rangée par rangée », explique Weston. Les turions sont ensuite mis en caisse, placés dans une chambre froide à 2,5 °C, lavés, puis laissés toute la nuit dans l’eau froide pour les refroidir rapidement. Le lendemain, ils sont triés et calibrés dans l’atelier de conditionnement de la ferme des Weston, puis stockés jusqu’à l’expédition, généralement via l’aéroport de Hobart. Les turions sont classés en trois catégories : AAA (diamètre > 20 mm), AA (16–20 mm) et A (10–16 mm). Environ 70 % de la récolte commerciale de l’entreprise appartient à la catégorie AAA.

La rouille, seul problème phytosanitaire

L’entreprise suit globalement les pratiques de culture européennes, indique Weston, avec un espacement de 18 cm entre les plants, cultivés sur des buttes, et un goutte-à-goutte enterré tous les 1,8 m. Lors de la première année de production commerciale, les bâches plastiques étaient noires face vers le haut, mais avec un climat local plus chaud que celui des principales régions européennes, la société utilise désormais la face blanche vers le haut depuis la deuxième année. L’Australie a la chance d’être relativement épargnée par les maladies ou ravageurs présents en Europe. Le principal souci a été la rouille de l’asperge, a-t-il indiqué.

Une question d’essais, surtout pour l’emballage

Le conditionnement et la logistique sont deux domaines dans lesquels l’entreprise cherche encore à s’améliorer, notamment parce qu’une grande partie de ses turions sont destinés à des restaurants haut de gamme et doivent arriver en parfait état. Pour rejoindre l’Australie continentale, ils sont expédiés par avion en colis de 1 kg dans des cartons de 5 kg, mais il y a eu beaucoup de casse la première année, notamment lors du chargement et du déchargement. Des emballages plus robustes sont désormais utilisés et les manutentionnaires de l’aéroport veillent à limiter le nombre de cartons empilés. L’entreprise teste encore la matière idéale pour ses emballages de 1 kg, après avoir essayé du papier, du plastique bulle ou encore des sachets sous vide, et utilise actuellement des emballages biodégradables sous vide.

Envisager la valorisation des déchets

En ce qui concerne les turions eux-mêmes, « les pertes sont encore trop élevées pour le moment », a déclaré Weston. Les sols étant très froids en hiver en Tasmanie, les plants deviennent fragiles et nécessitent une manipulation délicate. Comme les saisonniers changent chaque année, il faut les former pour éviter la casse. « Chaque saison, nous progressons dans la valorisation des chutes », a-t-il ajouté. Tous les turions sont coupés à une longueur uniforme de 22 cm, et les chutes sont vendues en sachets sous vide de 5 kg pour la soupe.

Des cultivars européens d’asperges blanches

Belinda Weston

L’entreprise cultivera cinq variétés différentes pour élargir sa période de récolte. Elle affirme avoir longuement étudié les génotypes adaptés aux conditions tasmaniennes, capables d’offrir la saveur et la forme de turion souhaitées, tout en assurant un bon calibre. Elle est fière des variétés dans lesquelles elle a investi et, pour cette raison, préfère ne pas en révéler les noms. Elle précise simplement qu’il s’agit de cultivars européens haut de gamme, issus des semenciers Bayer et Bejo, et espère pouvoir les exploiter pendant 10 à 14 ans.

Comment les chefs australiens utilisent l’asperge blanche tasmanienne

Tasmanian White Asparagus

En septembre et octobre derniers, le restaurant Quay, à Sydney, servait l’asperge blanche tasmanienne avec une crème de crabe du Queensland ; le Chophouse, également à Sydney, l’accompagnait de pancetta et de jaune d’œuf séché ; et dans le Victoria, le Paringa Estate la proposait avec du homard de King Island poché au beurre, de la bottarga et une vinaigrette à la tomate jaune. Ce ne sont là que quelques exemples de restaurants haut de gamme australiens impatients de travailler ce nouveau produit, considéré comme très niche, selon Weston. « Il arrive à la fin de l’hiver, juste avant l’arrivée des légumes de printemps. C’est donc un bon créneau où les chefs recherchent des produits d’exception. Les retours que nous avons eus de certains des meilleurs chefs d’Australie indiquent que la qualité est aussi bonne que ce qu’ils ont goûté en Europe. Ils sont très satisfaits et très encourageants. Nous commençons vraiment à atteindre de beaux objectifs ici. » Des chefs japonais s’y intéressent également, ainsi que des acheteurs à Hong Kong et en Malaisie, mais pour l’instant, Weston se concentre sur la demande locale : « Notre principale mission en Australie est d’éduquer les gens à cuisiner l’asperge blanche, car ils ont l’habitude d’utiliser la verte. »

Le Lesotho renouvelle sa stratégie avec les asperges

Le Lesotho, royaume enclavé et situé en altitude, entièrement entouré par l’Afrique du Sud, se prépare à relancer la production d’asperges. Le pays dispose de nombreux hectares de terres arables aux caractéristiques pédoclimatiques favorables à la production d’asperges vertes fraîches de qualité. Les tentatives précédentes de promotion et d’investissement dans la filière ont été globalement infructueuses. Pourtant, les cofondateurs de Kingdom Asparagus, Alex Stainburn, Thuso Green et Khotso Mapepesa, estiment que le moment est venu de réessayer.

Des loams sableux, un soleil abondant et une main-d’œuvre abordable

African kingdom

Le Lesotho est un pays majoritairement montagneux d’Afrique australe, peuplé d’environ 2,33 millions d’habitants. Situé à une altitude de 1 400 mètres, il détient le record du point le plus bas le plus élevé de tous les pays du monde. Malgré le relief, le Lesotho dispose de nombreuses terres cultivables présentant des atouts indéniables pour la culture de l’asperge : sols limoneux-sableux, plus de 300 jours d’ensoleillement par an, et un coût de la main-d’œuvre très compétitif à l’échelle mondiale. « L’asperge a été cultivée avec succès au Lesotho pendant les années 1970 et 1980 pour la conserverie, nous sommes donc convaincus qu’il est possible d’en produire à nouveau, à grande échelle, pour des asperges vertes fraîches de qualité », explique Stainburn. « Notre cible est le consommateur soucieux de la provenance de ce qu’il consomme. » D’après les archives des années 1980, les rendements moyens atteignaient 3 tonnes à l’hectare sans irrigation, mais ces données datent de 30 à 40 ans. « Les variétés et techniques culturales ont beaucoup évolué depuis. L’irrigation permettra une meilleure fiabilité des rendements et une hausse des volumes récoltés. » Depuis 2016, l’équipe a réalisé plusieurs essais pour apprendre à cultiver l’asperge spécifiquement au Lesotho, notamment sur la gestion de la main-d’œuvre et des intrants. « Une grande partie du savoir des années 1980 s’est perdue avec le départ à la retraite des agriculteurs de l’époque. La formation est donc un levier clé de notre plan de montée en puissance », précise-t-il.

Une demande locale existe

Planting in the spring, just before the rains usually set in. The spacing is about a shovel blade and a half.
African kingdom

Pendant les essais menés en 2018, 2019 et 2020, Kingdom Asparagus a livré des asperges fraîches à des restaurants locaux ainsi qu’à une grande enseigne alimentaire, Pick n Pay, à Maseru, la capitale. L’enseigne a demandé des bottes de 250 grammes. « Les asperges étaient récoltées tôt le matin, bottelées, puis livrées dans la foulée au magasin, où elles étaient immédiatement achetées. Quelques expatriés allemands vivant au Lesotho nous ont même contactés pour passer des commandes en gros, un bon indicateur de la qualité de notre production », souligne Stainburn. Lancer une nouvelle activité agricole au Lesotho n’a toutefois rien d’évident : chaque étape demande une planification minutieuse. « Par exemple, inutile d’espérer trouver un tracteur équipé d’un ripper une semaine avant le labour – il faut s’en occuper dès l’hiver. » Le travail avec les agriculteurs locaux nécessite aussi de limiter leur exposition au risque financier. Les producteurs perçoivent bien l’intérêt économique de l’asperge par rapport à des cultures peu rémunératrices comme le maïs, mais le coût élevé des intrants et les faibles revenus des premières années rendent cette culture inaccessible à la plupart des petits exploitants. « Demander à un agriculteur africain de s’endetter pour une culture dont les revenus ne seront perçus que plusieurs années plus tard est rarement une bonne idée », avertit-il.

Priorités actuelles et perspectives

Kingdom Asparagus travaille actuellement à étendre sa surface cultivée. Des zones favorables ont été identifiées dans les régions de Leribe et Butha-Buthe, où les sols limono-sableux sont plats et où un potentiel d’irrigation existe. « Nous avons besoin de partenaires disposant de l’expertise technique et des capacités financières nécessaires pour faire passer notre modèle d’une production locale à un modèle tourné vers l’export. Et pour répondre à la question : nous grillons généralement nos asperges. Un filet d’huile d’olive, une pincée de sel et trois à quatre minutes sur le gril. Simple, mais la meilleure manière de savourer notre produit », conclut-il. Le gouvernement du Lesotho reconnaît également le potentiel de l’asperge comme culture d’exportation et s’est dit prêt à soutenir la relance du secteur. Des incitations fiscales sont prévues pour les entreprises orientées vers l’export via la Lesotho National Development Corporation, et la libre circulation des devises est garantie. Le Lesotho bénéficie aussi de nombreux accords commerciaux préférentiels en tant que pays à revenu faible, rappelle Stainburn.

Pourquoi l’ancien projet d’exportation a échoué

African kingdom

Ancien protectorat britannique, le Lesotho a obtenu son indépendance en octobre 1966. Le pays est aujourd’hui classé comme à revenu intermédiaire inférieur par la Banque mondiale. En 2022, son PIB par habitant s’élevait à 999,7 USD, une année durant laquelle l’économie a progressé de 1,8 %, principalement grâce aux secteurs de la construction, des mines, de l’industrie manufacturière, des services aux entreprises et de l’administration publique. L’agriculture a aussi contribué positivement à cette croissance, portée par une bonne pluviométrie saisonnière et des subventions aux intrants. Toutefois, les niveaux de chômage, d’inégalités et de pauvreté restent élevés.

Dans les années 1970, pour lutter contre la pauvreté rurale, le gouvernement du Lesotho avait lancé un programme de production d’asperges destinées à l’exportation vers l’Europe. Une conserverie avait été relancée et achetait les asperges selon trois catégories : blanche, verte et « salade ». Ce projet, qui a duré de 1974 à 1999, a bénéficié d’investissements importants, notamment via le Fonds de développement du capital des Nations unies, mais il a connu de nombreuses difficultés et n’a pas réussi à assurer des revenus durables pour les agriculteurs locaux.

D’après un article publié dans le Journal of Sustainable Development in Africa, les principaux facteurs de l’échec du projet étaient une mauvaise gestion de la production, ainsi que des services de transformation et de commercialisation inadéquats, qui ont freiné le développement de la filière et empêché les asperges du Lesotho de concurrencer efficacement celles d’Europe de l’Ouest. L’incapacité à tirer parti de l’évolution des préférences des consommateurs européens vers les asperges fraîches a été fatale, notamment en raison du manque de solutions de fret aérien.

Lire plus

“Factors to the Failure of Sustainable Asparagus Production or Agricultural Export Economy in Lesotho”

Journal of Sustainable Development in Africa (Volume 16, No.6, 2014)

Other sources:

 

Comment les Grecs cultivent les asperges

D. Gkouderis

La surface totale cultivée en Grèce en 2021 était de 1 500 hectares, soit seulement 2 % du record historique de 73 330 hectares atteint en 1997. « Nos exploitations sont petites », indique Gkouderis, « la taille moyenne est de 1 hectare ». Les quatre principales régions de production sont la Macédoine orientale et la Thrace (750 ha), la Macédoine centrale (600 ha), la Grèce occidentale (140 ha) et le Péloponnèse (50 ha). La production d’asperges blanches est concentrée dans les trois premières régions, tandis que l’asperge verte est essentiellement cultivée dans la dernière. La culture diminue régulièrement en Macédoine orientale et, plus fortement encore, en Thrace, en raison des difficultés culturales, du manque de main-d’œuvre, du coût élevé du travail et de l’implantation de la culture, ainsi que de la concurrence d’autres cultures, comme le kiwi, mieux adaptées à ces zones. En revanche, la surface dédiée à l’asperge a augmenté ces dernières années en Macédoine centrale, car les grossistes y ont mis en place des incitations économiques pour encourager la mise en culture. De plus, cette région étant déjà axée sur la production fruitière extensive, les producteurs ont peu d’alternatives rentables. « À Aridaia, ma région, la surface en asperges augmente de 30 hectares par an », précise-t-il.

Les exportations vont principalement vers l’Allemagne et les Pays-Bas

D. Gkouderis

L’asperge blanche représente 95 % de la production grecque. Elle est récoltée de fin février à fin avril, voire début mai, tandis que l’asperge verte, qui ne représente que 5 %, est récoltée de début mars à début juin. Le rendement moyen en Grèce est de 10 tonnes par hectare pour l’asperge blanche et de 7 tonnes par hectare pour la verte. Soixante pour cent de la production est commercialisée par des grossistes et le reste par des groupements de producteurs, explique Gkouderis. En mars 2023, les prix payés par les grossistes aux producteurs variaient entre 3,50 €/kg dans certaines zones et 5,50 €/kg dans d’autres, les prix les plus bas étant observés dans les zones où la récolte venait de commencer et où la qualité n’était pas encore stabilisée. En 2022, la Grèce a exporté 5 746 tonnes d’asperges, principalement vers l’Allemagne (90 %) et les Pays-Bas (10 %). « Nous ne sommes pas un marché très important, donc nous n’importons pas d’asperges », ajoute-t-il.

Particularités de la culture de l’asperge en Grèce

D. Gkouderis

En fonction des variétés, on plante généralement entre 13 000 et 15 000 griffes par hectare en Grèce, avec un espacement entre les rangs de 2,2 à 2,5 mètres. La profondeur de plantation, qui était autrefois de 25 cm, a été réduite à 18–20 cm afin de favoriser la précocité. Quatre-vingts pour cent des exploitations sont équipées de goutte-à-goutte et de nombreuses applications de ferti-irrigation sont réalisées. L’utilisation de films plastiques noirs et blancs pour recouvrir les rangs est très courante, 60 à 70 % des producteurs y ajoutent des mini-tunnels. Pour gagner encore en précocité, certains ajoutent une seconde couche de plastique au-dessus des tunnels.

La pénurie de main-d’œuvre : principal problème

Il n’existe pas encore de méthode de récolte mécanique, la cueillette reste donc manuelle et représente « un coût très important pour les producteurs ». Le salaire est de 35 € pour 8 heures de travail, incluant une pause d’une heure. Les charges sociales augmentent ce coût de 10 %, mais ne sont pas toujours appliquées « car de nombreux ouvriers travaillent illégalement ». La main-d’œuvre saisonnière provient des pays voisins, principalement d’Albanie, avec une proportion très faible de travailleurs grecs. Gkouderis estime que la pénurie croissante de main-d’œuvre est le principal problème pour les producteurs grecs.

Ravageurs et maladies de l’asperge

En ce qui concerne les maladies foliaires, les principales en Grèce sont Stemphylium botryosum, Puccinia asparagi et Botrytis cinerea, tandis que les maladies touchant les racines sont causées par Fusarium spp. et Helicobasidium purpureum (syn. Rhizoctonia violacea). Les principaux ravageurs sont Zeyzera pyrina, Parahypopta caestrum, Ophiomyia simplex, les espèces de Lygus, les thrips et les acariens.

Le Pérou exporte environ 75 % de ses asperges vertes fraîches

Le rythme des exportations d’asperges fraîches depuis le Pérou commence généralement à s’intensifier à partir de la semaine 12 pour atteindre son apogée autour de la semaine 48. Selon les données de l’IPEH, 78 % de l’ensemble des expéditions ont lieu pendant cette période. En 2022, le pays a expédié au total plus de 25 872 640 caisses de 5 kg (11 lb). Le plus faible total enregistré au cours des 11 années précédentes remonte à 2017 avec 23 082 591 caisses, tandis que le plus élevé date de 2021 avec 27 329 252 caisses. En termes de valeur FOB, le sommet sur la période 2012-2022 a été atteint en 2013 avec plus de 448,8 millions de dollars, et le plus bas en 2012 avec 341,3 millions de dollars. Pour l’année 2022, les exportations péruviennes d’asperges fraîches ont atteint une valeur FOB de près de 370 millions de dollars, soit une baisse de 8,4 % par rapport à 2021.

Les États-Unis, premier débouché pour le Pérou

Avec un total de 18 821 270 caisses, les États-Unis ont absorbé près de 73 % des exportations d’asperges fraîches péruviennes en 2022. D’après les recherches de l’IPEH, les autres principaux marchés pour le Pérou cette année-là étaient l’Espagne (8 %), les Pays-Bas (7 %), le Royaume-Uni (6 %), la Belgique (1,2 %), le Canada (0,8 %) et le Brésil (0,6 %). En valeur FOB, 85,6 % des exportations vers les États-Unis ont été acheminées par voie maritime, 13,9 % par voie aérienne et 0,5 % par voie terrestre. Pour l’Europe, c’est l’avion qui domine à près de 71 %, contre 28,7 % par la mer. Quant à l’Asie, où la Corée du Sud constitue le principal marché pour le Pérou, l’aérien représente 87 % des envois, contre 13 % pour le maritime. Entre 2021 et 2022, le volume de caisses expédiées vers les États-Unis a reculé de 4,6 %, tandis que la valeur FOB a chuté de 7,3 %. L’Espagne, au contraire, a vu ses volumes augmenter de 5,5 % et la valeur de 3 %. Les Pays-Bas ont enregistré des baisses de 9,5 % et 12,2 % respectivement, et le Royaume-Uni de 14,7 % et 17,6 %.

Danper Trujillo, premier exportateur du pays en 2022

AW

Selon l’analyse de l’IPEH, l’entreprise Danper Trujillo a été en 2022 le premier exportateur d’asperges fraîches du Pérou, avec une progression de 46 % sur un an de son volume d’exportation, atteignant plus de 2,48 millions de caisses, soit 9,6 % du total péruvien. Sa valeur FOB a, elle, progressé de 34 % pour atteindre plus de 39,8 millions de dollars. En seconde position, on retrouve Complejo Agroindustrial Beta avec plus de 2,16 millions de caisses (+4,4 % sur un an), représentant une part de marché de 8,4 %, et une valeur FOB de plus de 34,2 millions de dollars (-7,6 %). Agrovision Peru affiche une croissance de près de 15 % du volume (plus de 1,2 million de caisses) et de près de 25 % en valeur (près de 16,1 millions de dollars). De son côté, Agricola Cerro Prieto a expédié 1,16 million de caisses, en hausse de 11,3 %, pour une valeur en progression de presque 25 % également, frôlant les 16,1 millions de dollars.

Aéroports et ports de départ : évolutions en 5 ans

Entre 2018 et 2022, les points de départ des asperges fraîches péruviennes ont connu des évolutions notables. Le nombre de caisses expédiées depuis l’aéroport de Callao a chuté de près de 50 %, mais ce site reste néanmoins le principal point de départ, avec près de 7,96 millions de caisses en 2022. Le port de Callao, autrefois en deuxième position, est désormais troisième avec 4,62 millions de caisses, soit une baisse de 15,6 % par rapport à 2018. À l’inverse, les volumes au départ de Salaverry (La Libertad) et de Pisco (Ica) ont plus que triplé, atteignant respectivement près de 7 millions et 3,27 millions de caisses.

Les importations de semences dominées par l’UC 157 F2

C. Befve

En 2022, le Pérou a importé près de 733,4 kg de semences d’asperge, en baisse par rapport aux 1 967,45 kg de 2021. La variété UC 157 F2 (265 kg) a été la plus importée en volume cette année-là, suivie de près par la UC 157 F1 (220 kg), qui avait dominé les importations entre 2018 et 2022. En troisième position, on retrouve la UC 115 F1 (199 kg), qui était jusque-là la plus importée sur les quatre années précédentes. En 2022, la région d’Ica représentait 38,3 % des 15,5 millions d’hectares plantés en asperges au Pérou, suivie par La Libertad (35,2 %), Lambayeque (16,8 %), Ancash (4,9 %), Lima (4,3 %) et Arequipa (0,4 %).

L’asperge sort-elle de la crise ?

L’asperge peut être cultivée presque partout dans le monde, sous de nombreux climats et parfois sur des sols très différents. Sa bonne conservation, le maintien de ses qualités gustatives et, surtout, la valeur ajoutée qu’elle génère tout au long de sa chaîne de production et de distribution en ont fait une culture « mondialisée », à l’image de certains fruits comme la banane, l’avocat, la mangue, le kiwi, la pomme, ou plus récemment la myrtille. Elle est un exemple du commerce intercontinental de légumes.

La « mondialisation » des flux commerciaux

C. Befve

La fin du XXe siècle a vu une croissance continue de la production mondiale d’asperges. De 140 000 ha en 1988, la production mondiale a franchi la barre des 200 000 ha juste avant l’entrée dans le nouveau millénaire, pour ensuite atteindre 280 000 ha. Cette expansion des surfaces plantées est principalement due à l’émergence de nouvelles zones de production, comme le Pérou et le Mexique. Jusqu’alors, l’asperge était principalement cultivée dans les pays où elle était consommée, mais elle s’est développée dans des pays réunissant des conditions agronomiques favorables, et surtout une main-d’œuvre bon marché. La mondialisation des flux de marchandises (maritimes et aériens) et les nouvelles technologies de transport (conteneurs) ont entraîné une intensification du commerce. Actuellement, la production mondiale d’asperges s’étend sur 190 000 ha répartis entre quatre grandes zones de production.

Produit de « luxe » au Japon

L’Asie cultive l’asperge sur plus de 59 000 ha, dont 47 000 ha rien qu’en Chine. La production chinoise est composée à 70 % d’asperges blanches et 30 % de vertes, avec des débouchés variés : 60 % pour la conserve, 30 % pour le frais, 10 % pour le surgelé. La Chine est le premier producteur mondial d’asperges en conserve. Avec une surface bien plus modeste (7 000 ha), le Japon est l’autre pays d’Asie où l’asperge est une culture traditionnelle. Elle y est destinée au marché frais, avec une forte valeur ajoutée, et y est perçue presque comme un produit de luxe (voir Asparagus World n°5/2023). La Thaïlande et les Philippines cultivent environ 1 600 ha d’asperges vertes, de manière modeste mais stable. Taïwan se spécialise dans le marché du frais avec de l’asperge blanche (90 %). Dans cette région, l’Australie (2 000 ha) et la Nouvelle-Zélande (1 000 ha) produisent de l’asperge verte, principalement pour leur marché intérieur.

Le point faible du Pérou face au Mexique

Sur le continent américain, la production d’asperges vertes des pays du Nord – États-Unis (8 000 ha) et Canada (2 000 ha) – reste faible comparée à celle du Mexique (32 000 ha). Le climat, le coût de la main-d’œuvre et la proximité du lucratif marché nord-américain expliquent l’essor du Mexique, dont la production continue de croître (voir Asparagus World n°1/2019). Plus au sud, le Pérou (18 000 ha) est le premier producteur d’asperges d’Amérique latine. C’est l’un des rares pays – avec ses petits voisins comme l’Équateur (2 000 ha), la Colombie (800 ha), mais aussi la Thaïlande – à pouvoir produire de l’asperge toute l’année. Sa production est répartie entre asperges vertes (60 %) et blanches (40 %). Son principal débouché est la conserve (50 %), suivi du marché frais (40 %) et du surgelé (10 %) (voir Asparagus World n°3/2021 et n°4/2022). Mais la distance avec le marché nord-américain (plus de 9 jours par bateau) et le coût élevé du fret aérien sont des points faibles face à son principal concurrent, le Mexique, qui a gagné beaucoup de parts de marché. Au cours des 15 dernières années, le contexte économique a contraint le Pérou à réduire ses surfaces et à raccourcir son calendrier de production de deux mois, arrêtant les exportations en janvier et février. Il a ainsi perdu sa place de premier pays producteur mondial. Le Chili (2 000 ha) est un marché dynamique, axé sur l’asperge verte destinée au surgelé (60 %). Sur le même continent, l’Argentine (1 000 ha) (voir Asparagus World n°6/2024), le Brésil (800 ha), le Guatemala (500 ha), l’Uruguay et le Nicaragua (200 ha) produisent également de l’asperge.

Des tentatives non pérennes

La culture de l’asperge est quasi absente du continent africain (3 700 ha), hormis quelques exceptions au nord et au sud. L’Afrique du Sud, avec 1 500 ha, est le plus gros producteur, principalement d’asperges blanches (80 %), dont une majorité est destinée à la conserve (60 %). La production fraîche est consommée localement ou exportée, notamment vers le Japon. Le Lesotho (voir Asparagus World n°6/2024) et le Kenya sont également producteurs. En Afrique du Nord, le Maroc (500 ha) et la Tunisie (200 ha) ont accueilli des projets souvent portés par des entreprises européennes attirées par les coûts de main-d’œuvre et la précocité, mais ces tentatives n’ont souvent pas été pérennes.

L’Europe mise sur l’innovation

L’Europe, berceau botanique et historique de la culture de l’asperge (58 000 ha), présente une répartition claire : asperge verte dans les pays méditerranéens (Espagne, Italie) et anglo-saxons (Royaume-Uni), asperge blanche dans les pays d’Europe continentale (Allemagne, France, Pays-Bas). La production est exclusivement destinée au marché frais. En surface, l’Allemagne est leader (18 000 ha), avec une production essentiellement blanche. L’Espagne (12 000 ha) et l’Italie (10 000 ha) sont très orientées vers l’asperge verte. Viennent ensuite la France (6 000 ha), majoritairement blanche (70 %), mais avec une part croissante de verte (30 %), les Pays-Bas (3 000 ha, 100 % blanche), et le Royaume-Uni (2 500 ha, 100 % verte). On trouve aussi de la production blanche en Pologne (2 000 ha), Autriche (800 ha), Belgique (700 ha), Hongrie (500 ha). La tendance générale est à la baisse des surfaces, notamment en Allemagne (voir Asparagus World n°5/2023), aux Pays-Bas, mais aussi en Espagne et en Italie. Le manque de rentabilité, en raison du coût élevé de la main-d’œuvre et de la baisse de la consommation, explique cette régression. Plus récemment, les effets du changement climatique et la raréfaction de l’eau limitent le renouvellement des plantations dans les pays méditerranéens. Pour rester compétitive, l’Europe mise sur l’innovation technologique : développement de variétés très productives, utilisation de films plastiques pour gagner en précocité, mécanisation de la culture et robotisation de la récolte.

Signes d’une sortie de crise ?

Ce tour du monde des pays producteurs montre deux grandes tendances : les pays producteurs/consommateurs réduisent leurs surfaces, tandis que les pays producteurs/exportateurs les augmentent. La compétitivité dépend du coût du travail, des frais logistiques et du prix de vente. Le coût de la main-d’œuvre est un facteur en constante augmentation (voir encadré). La disponibilité mondiale de l’asperge influe aussi sur les fluctuations du marché. En analysant l’évolution des surfaces et des prix mondiaux, Christian Befve, consultant international, remarque que lorsque la production mondiale dépasse les 240 000 ha, les prix se déstabilisent et le marché entre en crise. « C’est ce qu’a vécu le monde de l’asperge entre 2014 et 2018, avec une forte hausse des surfaces mondiales, de 210 000 à 280 000 ha, entraînant une stagnation puis une baisse des prix, suivie d’un arrachage massif et d’une régression des surfaces », explique-t-il. Depuis 2022, avec un retour sous la barre des 200 000 ha, les prix mondiaux sont repartis à la hausse. « Cela annonce-t-il une sortie de crise pour l’asperge au niveau mondial ? » s’interroge l’expert.

Il faut plus d’un kilo d’asperges pour payer une heure de travail

Une comparaison du nombre de kilos d’asperges (au prix départ ferme) nécessaires pour payer une heure de travail en France et au Pérou, montre une évolution parallèle. En 2005, il fallait 2 kg d’asperges pour rémunérer une heure de travail en France, contre 1,3 kg au Pérou. En 2025, l’écart s’est creusé : 2,5 kg au Pérou et plus de 4 kg en France.