Une saison d’asperges 2026 rythmée par les à-coups climatiques – Christian Befve :
Comment tendre vers une campagne commerciale plus sereine ?
Si la campagne française de l’asperge 2026 s’achève sur des rendements légèrement inférieurs à ceux de l’an dernier, elle aura surtout mis en lumière la nécessité pour la filière de s’adapter à des conditions de production de plus en plus irrégulières. Entre un printemps particulièrement humide qui a retardé les travaux dans les parcelles et un épisode de forte chaleur ayant provoqué une arrivée massive de volumes sur le marché, les producteurs ont dû plus que jamais faire preuve de réactivité. Pour Christian Befve, expert reconnu au sein de la filière, cette saison confirme à la fois la reprise d’une bonne dynamique générale de la filière et l’importance de repenser certains équilibres, tant en matière de commercialisation que d’organisation de la production.

Un démarrage tardif mais prometteur
Premier fait marquant de cette saison 2026 : une campagne qui aura débuté avec plusieurs semaines de retard dans la plupart des bassins de production. Les fortes pluies du printemps ont compliqué les opérations de buttage, souvent réalisées dans des conditions difficiles et plus tardivement qu’à l’accoutumée. « Le mauvais temps a rendu les buttages très compliqués. Ils se sont faits tardivement dans toutes les zones de production, souvent dans de mauvaises conditions, engendrant donc inévitablement un impact sur la qualité dans certaines parcelles », explique Christian Befve.
Malgré ce contexte peu favorable, le démarrage commercial s’est révélé satisfaisant. Les volumes étaient présents et les cours se sont maintenus à un bon niveau. Un début de campagne très encourageant qui laissait entrevoir une saison plutôt positive.

Le coup de chaud de fin mai qui a rebattu les cartes
La situation a toutefois changé brutalement avec l’arrivée de fortes chaleurs à la fin du mois de mai. En quelques jours, les volumes récoltés ont fortement augmenté, désorganisant les récoltes et saturant le marché. « Généralement, les producteurs prévoient une personne à l’hectare, voir pour 1,2-1,3 ha pour les plus grosses exploitations. Et d’un seul coup, avec l’augmentation soudaine des températures, les volumes à récolter quotidiennement ont doublé ».
Conséquences ? Une main-d’œuvre disponible qui n’a pas pu suivre le rythme imposé par la croissance des asperges. Des récoltes qui ont dû être espacées, avec des conséquences directes sur la qualité du produit : « Quand on récolte tous les deux ou trois jours parce qu’on ne peut pas faire autrement, la qualité s’en ressent forcément et une partie de la marchandise devient difficilement valorisable », souligne Christian Befve.
Les répercussions sur le marché ont été instantanées : « L’arrivée de gros volumes a entraîné une forte baisse des prix. Si les cours se sont redressés en fin de campagne, de nombreux producteurs, notamment dans le Sud-Ouest, avaient déjà arrêté tout ou partie de leur production ». Une situation qui pointe une fois de plus du doigt les limites auxquelles la filière est confrontée en termes de main d’œuvre.

Des prix de début de campagne à manier avec prudence
Pour Christian Befve, cette campagne rappelle également l’importance de ne pas céder à la tentation de prix trop élevés lors des premières semaines de commercialisation. « Il ne faut pas démarrer trop haut. Quand les magasins achètent à plus de 18 euros le kilo en début de campagne, ils entendent bien les valoriser même si les achats sont freinés face à ces prix exorbitants. Les asperges restent plus longtemps en rayon, perdent en fraîcheur, le consommateur se détourne, les réapprovisionnements ralentissent et les prix finissent par s’effondrer ».
Selon Christian Befve, une stratégie de prix plus raisonnable permettrait de fidéliser davantage les consommateurs et de soutenir la consommation sur l’ensemble de la saison. « C’est toujours le même schéma. Il faut privilégier une consommation durable plutôt que de rechercher un gain immédiat sur les premières expéditions. Sur le long terme, les producteurs en sortiront gagnants ».

Les circuits de proximité amortissent les fluctuations
La campagne 2026 a également mis en évidence les différences de résilience entre les modèles de commercialisation. Les producteurs engagés en vente directe, sur les marchés ou travaillant avec des enseignes locales semblent mieux résister aux fortes variations du marché. Grâce à des relations commerciales plus directes et à des accords souvent établis en amont, ils parviendraient à mieux lisser les fluctuations de prix. « Tous ceux qui arrivent à se rapprocher du consommateur ou des metteurs en marché locaux subissent beaucoup moins les à-coups du marché. Les variations sont beaucoup plus gommées que sur certains marchés de gros, où la concurrence étrangère accentue la volatilité des prix. »
Sans constituer une solution universelle, ces modèles offrent selon Christian Befve des pistes intéressantes pour sécuriser davantage les revenus des producteurs dans un contexte climatique plus instable.
Faciliter la consommation pour préparer l’avenir
Parmi les pistes de développement évoquées par l’expert, figure également l’épluchage de l’asperge directement sur le point de vente, une habitude encore très marginale en France mais largement développée outre-Rhin. « En Allemagne, près de 30 % des asperges vendues peuvent être épluchées grâce à une machine disposée en magasin et autres points de vente. Les producteurs allemands ont compris qu’il fallait se mettre au service du consommateur et lui faire gagner du temps. C’est aussi ce qui leur a permis de maintenir leur niveau de consommation. En France, ce chiffre s’élève à 0,5 % seulement. »
Certaines initiatives émergent pourtant, notamment en Alsace – sous l’influence de la culture allemande –, où plusieurs points de vente proposent des éplucheuses automatiques directement en magasin.
L’asperge verte gagne du terrain dans un marché en recompositionMalgré les difficultés rencontrées cette année, Christian Befve reste confiant sur les perspectives de la filière. Les rendements sont légèrement en retrait mais le marché demeure dynamique. « On sent un regain d’intérêt avec de nouveaux projets de plantation pour 2027 ». Ces nouvelles plantations devraient compenser les arrêts de production de certains opérateurs récemment observés ou programmés. La filière reste néanmoins loin des niveaux historiques atteints il y a quelques décennies. « Il y a 25 ans, la France comptait environ 15 000 hectares d’asperges. Aujourd’hui, nous sommes autour de 6 000 hectares. »
Parallèlement, l’asperge verte poursuit sa progression. Si l’asperge blanche conserve une place importante dans les habitudes de consommation françaises, la verte gagne régulièrement du terrain, tant en volumes qu’en zones de production. « L’asperge verte attire de nouveaux consommateurs et ouvre de nouveaux marchés », observe Christian Befve.
Mais aujourd’hui, un point limitant à court terme pour le développement de l’asperge en France reste la disponibilité insuffisante des griffes.
Face à la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes, Christian Befve estime que l’avenir de la filière passera autant par l’adaptation des pratiques culturales que par une réflexion sur la commercialisation et les services proposés aux consommateurs. Une évolution qui pourrait permettre à l’asperge française de mieux absorber les à-coups climatiques tout en consolidant sa place dans les habitudes de consommation.
Article actualisé – qui remplace celui republié par erreur la semaine passée
Pour plus d’informations :
Christian Befve
christian@befve.com
www.befve.com